Mélanges/Tome I/147

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[original French]

tesques dans les mœurs, ont aussi leurs lois : rien de moins arbitraire, de moins abandonné au hasard que la pratique des révolutions.

Mais quelle est-elle cnQn cette pratique?

Je suppose que les hommes d'État que nous avons vus au pouvoir depuis le 24 février ; que ces politiques à courte-vue, à petits moyens, à routine étroite et méticuleuse, eussent été à la place des apôtres : je vous le demande, citoyens, qu'auraient-ils fait ?

Ils seraient tombés d'accord avec les novateurs dans des conférences particulières, en conciliabule secret, que la pluralité des dieux était chose absurde ; ils auraient dit, comme Cicéron, qu'ils ne concevaient pas que deux augures pussent se regarder sans rire; ils auraient condamné très-philosophiquement, et à voix basse, l'esclavage.

Mais ils se seraient récriés contre cette propagande témé- raire qui, niant les dieux et tout ce que la société avait de plus sacré, soulevait contre elle la superstition et tous les intérêts; ils auraient cru de bonne politique, au lieu d'attaquer les vieilles croyances, de les interpréter; ils auraient voulu qu'au lieu d'abolir le culte, on le purifiât. Ils se seraient inclinés devant Mercure le larron, Vénus l'impudique, Jupiter l'incestueux. Ils auraient parlé avec estime, avec respect, des jeux Floraux et des Bacchanales. Ils auraient fait la philosophie du polythéisme, raconté l'histoire des dieux, renouvelé le personnel des temples, publié des règlements pour les sacrifices et les fêtes publiques, accordé, autant qu'il eût été en eux, la raison et la morale avec les impures traditions de leurs pères ; à force de ménagements, de complaisance, de respect humain, au lieu de sauver le monde, ils l'auraient fait périr.

Il y eut, dans les premiers siècles de l'ère chrétienne, une secte, un parti puissant par le génie et l'éloquence, qui, en face de la révolution chrétienne, entreprit de continuer l'idolâtrie à ce point de vue d'une république modérée et progressive ; ce furent les néoplatoniciens, auxquels se rattachent Apollonius de Tyane et l'empereur Julien. C'est ainsi que nous avons vu, de nos yeux, certains prédicateurs essayer la rénovation du catholicisme, en interprétant ses symboles au point de vue des idées modernes.

Vaine tentative? La prédication chrétienne, je veux dire la pratique révolutionnaire, emporta tout, les dieux et leurs hypocrites adorateurs; et Julien, le plus grand politique et le plus bel esprit de son temps, pour s'être follement opposé

[English translation]

in mores, they also have their laws, not at all arbitrary, no more left to chance than the practice of revolutions.

But what, in the end, is that practice?

Suppose that the statesmen we have seen in power since February 24, that these short-sighted politicians of small means, of narrow and meticulous routines, had been in the place of the apostles. I ask you citizens, what would they have done?

They would have fallen into agreement with the innovators of the individual conferences, in secret consultations, that the plurality of gods was an absurdity. They would have said, like Cicero, that it is inconceivable that two augurs could look at one another without laughter; they would have condemned slavery very philosophically, and in a deep voice.

But they would have cried out against the bold propaganda which, denying the gods and all that society has sanctified, raised against it superstition and all the interests; they would have trusted in good policy, rather than tackling the old beliefs, and interpreting them; they would have knelt before Mercury the thief, before impudent Venus and incestuous Jupiter. They would have talked with respect and esteem of the Floralia and the Bacchanalia. They would have made a philosophy of polytheism, retold the history of the gods, renewed the personnel of the temples, published the payments for sacrifices and public ceremonies, according, as far as it was in them, reason and morality to the impure traditions of their fathers, by dint of attention, kindness and human respect; instead of saving the world, they would have caused it to perish.

There was, in the first centuries of the Christian era, a sect, a party powerful in genius and eloquence, which, in the face of the Christian revolution, undertook to continue the idolatry in the form of a moderate and progressive republic; they were the Neo-Platonists, to whom Apollonius of Tyana and the Emperor Julian attached themselves. It is in this fashion that we have seen with our own eyes certain preachers attempt the renovation of Catholicism, by interpreting its symbols from the point of view of modern ideas.

A vain attempt! Christian preaching, which is to say revolutionary practice, swept away all the gods and their hypocritical admirers; and Julian, the greatest politician and most beautiful spirit of his time, bears in the histories the name of apostate, for having been madly opposed