Mélanges/Tome I/44

From The Libertarian Labyrinth
Jump to: navigation, search
Mélanges/Tome I/44/43 Mélanges/Tome I/44/45

[original French]

« C'est surtout dans la famille que se découvre le sens profond de la propriété. La famille et la propriété marchent de front, appuyées l'une sur l'autre, n'ayant l'une et l'autre de signification et de valeur que par le rapport qui les unit. « Avec la propriété commence le rôle de la femme. Le ménage, cette chose tout idéale et que l'on s'efforce en vain de rendre ridicule, le ménage est le royaume de la femme, le monument de la famille. Otez le ménage, ôtez cette pierre du foyer, centre d'attraction des époux, il reste des couples, il n'y a plus de familles. Voyez, dans les grandes villes, les classes ouvrières tomber peu à peu, par l'instabilité du domicile, par la pauvreté du ménage et le manque de propriété, dans le concubinage et la crapule ! Des êtres qui ne possèdent rien, qui ne tiennent à rien et vivent au jour le jour, ne se pouvant rien garantir, n'ont que faire de s'épouser : mieux vaut ne pas s'engager que de s'engager sur le néant. La classe prolétaire est donc vouée à l'infamie : c'est ce qu'exprimait au moyen âge le droit du seigneur, et chez les Romains l'interdiction du mariage aux prolétaires. « Or, qu'est-ce que le mariage, par rapport à la société ambiante, sinon tout à la fois le rudiment et la forteresse de la propriété ? Le ménage est la première chose que rêve la jeune fille; ceux qui parlent tant d'attraction, et qui veulent abolir le ménage, devraient bien expliquer cette dépravation de l'instinct du sexe. Pour moi, plus j'y pense, et moins je puis me rendre compte, hors de la famille et du ménage, de la destinée de la femme. Courtisane ou ménagère (ménagère, dis-je, et non pas servante), je n'y vois pas de milieu : qu'a donc cette alternative de si humiliant ? En quoi le rôle de la femme, chargée de la conduite du ménage, de tout ce qui se rapporte à la consommation et à l'économie, est-il inférieur à celui de l'homme, dont la fonction propre est le commandement de l'atelier, c'est-à-dire le gouvernement de la production et de l'échange? » (Système des Contradictions économiques, tome II, chap. X.) La famille est en progrès dans l'humanité, comme l'industrie, l'art, la science, la morale, la philosophie. Elle s'éléve de la communauté ou promiscuité des sexes, condition primitive de la société, aune polygamie déjà exclusive; puis de cette polygamie au mariage monogame, dont les caractères fondamentaux, quoi qu'on dise et quoi qu'on fasse, sont la perpétuité et l'inviolabilité. La mort, et certains cas graves, dont la détermination est ce que la philosophie morale présente de plus délicat et de plus difficile, peuvent seuls rompre le mariage.

[English translation]

"It is above all in the family that one discovers the sense of ownership. Family and property march ahead, supported by one another, having both meaning and value only through the relation that unites them. "Woman’s role begins with property. The household, that completely ideal thing that one strives in vain to mock, the household is the realm of women, the monument of the family. Remove the household, remove the stone hearth, the center that attracts the spouses, and only couples will remain, there will no longer be any families. See, in large cities, how the working classes gradually fall, through the instability of the home, through household poverty and lack of ownership, into concubinage and crookedness! Beings who own nothing, do nothing, and live day by day cannot guarantee anything, have nothing to do but to marry: better not to embark than to embark on that nothingness. The proletarian class is doomed to infamy: This was what the droit du seigneur meant in the Middle Ages, and what was meant among the Romans by the prohibition of marriage to proletarians. "But what is marriage in relation to the surrounding society, if not both the rudiment and the fortress of property? The household is the first thing of which the girl dreams; those who speak so much of attraction, and who want to abolish the household, clearly must explain the depravity of the sex instinct. For my part, the more I think about it, the less I can render any account of the destiny of women outside the family and household. Courtesan or housewife (housewife, I say, not servant): I see no middle ground. What is so humiliating about this alternative? What the role of women, responsible for the conduct of the household, everything that relates to consumption and the economy, is lower than that of the man, whose function is the command of the workshop, i.e., the government of production and exchange?" (System of Economic Contradictions, Volume II, chap. X.) The family is in progress in humanity, like industry, art, science, moral philosophy. It rises above the community or promiscuity of the sexes, the primitive condition of society, against polygamy, which is already exclusive, then from this polygamy to monogamous marriage, the basic character of which, whatever one may say of it, is one of perpetuity and inviolability. Only death, and certain severe cases, the determination of which is what moral philosophy presents as the most delicate and difficult matter, can break a marriage.