Mélanges/Tome I/45

From The Libertarian Labyrinth
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[original French]

La révolution de 1848 n'atteint donc pas la famille, ne peut pas l'atteindre. Toute son influence à cet égard consiste à procurer de plus en plus l'idéal de la famille, en réformant la base économique sur laquelle elle repose. Je protesterais donc contre toute loi, civile ou fiscale, qui aurait pour objet de restreindre ou limiter la puissance paternelle, le principe d'hérédité, la faculté de donation et de testament. L'égalité et la fraternité n'ont pas besoin, selon moi, de telles sauvegardes. Le budget peut et doit se procurer d'autres ressources. Et quant au divorce, je ne crois pas, dans la corruption présente de nos mœurs, qu'il nous convienne de rien préjuger sur cette matière scabreuse; je regarderais toute loi sur le divorce comme un encouragement au libertinage et un pas rétrogade.

II. — L'ÉCONOMIE PUBLIQUE

Je suis, vous ne l'ignorez pas, citoyens, l'homme qui a écrit ces paroles : La propriété, c'est le vol! Je ne viens point me rétracter, à Dieu ne plaise ! Je persiste à regarder cette définition brûlante comme la plus grande vérité du siècle. Je n'ai nulle envie non plus d'insulter à vos convictions : tout ce que je demande, c'est de vous dire comment, partisan de la famille et du ménage, adversaire de la communauté, j'entends que la négation de la propriété est nécessaire encore à l'abolition de la misère, à l'émancipation du prolétariat. C'est par les fruits qu'on doit juger une doctrine : jugez donc de ma théorie par ma pratique. Lorsque je dis : La propriété, c'est le vol! je ne pose pas un principe, je ne fais qu'exprimer une conclusion. Vous comprendrez tout à l'heure l'énorme différence. Or, si la définition de la propriété telle que je l'énonce n'est que la conclusion, ou plutôt la formule générale du système économique, quel est donc le principe de ce système, quelle en est la pratique, quelles en sont les formes! Mon principe, cela va vous paraître étonnant, citoyens, mon principe, c'est le vôtre, c'est la propriété elle-même. Je n'ai pas d'autre symbole, pas d'autres principes que ceux de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen : La liberté, l'égalité, la sûreté, la propriété. Comme la Déclaration des droits, je définis la liberté, le droit de faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. Comme la Déclaration des droits encore, je définis, provi-

[English translation]

The revolution of 1848 therefore does not touch the family. Its entire influence in this regard is to elicit more and more the ideal from the family, reforming the economic base on which it rests. So I have protested against any law, civil or tax, which would aim to restrict or limit parental authority, the principle of inheritance, the ability to give gifts and testaments. Equality and fraternity do not need, in my view, such safeguards. The budget can and must obtain other resources. And as for divorce, I do not believe that, in our present state of moral corruption, it does not suit us to prejudge anything concerning this scabrous issue; I view all divorce law as an encouragement to libertinism and a step backwards.

II. — PUBLIC ECONOMY

I am, as you know, citizens, the man who wrote these words: Property is theft! I shall not recant in the least, God forbid! I persist in regarding this burning definition as the greatest truth of the century. I have no desire to insult your beliefs: all I ask is to explain how, as a supporter of the family and the household, an adversary of communism, I should intend that the denial of property is still necessary for the abolition of poverty, the empowerment of the proletariat. It is by the fruits we should judge a doctrine: judge therefore my theory by my practice. When I say: property is theft! I do not posit a principle, I merely express a conclusion. You shall understand at once the enormous difference. But if the definition of property as I stated is only the conclusion, or rather, the general formula of the economic system, what, then, is the principle of this system, what is its practice, what are its forms? My principle, you will be surprised to hear, is the same as yours, citizens: it is property itself. I have no symbol, no principles, other than those of the Declaration of the Rights of Man and the Citizen: Freedom, equality, safety, property. As in the Declaration, I define freedom as the right to do whatever does not harm others. As in the Declaration, once again, I provi-