Mélanges/Tome I/47

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[original French]

liberté, car il est évident que nous ne nous sentons pas libres, et quels sont les moyens d'y parvenir : ce que je proposerais de faire, si j'étais représentant du peuple ; ce que je ferais si j'étais ministre; ce que je prendrais pour système de politique au dedans et au dehors, si j'étais gouvernement; ce que je conseillerais au peuple de demander à l'Assemblée nationale, la première fois qu'il ira la visiter, si mes conseils pouvaient prévaloir auprès du peuple; ce que j'engage enfin tous les amis du peuple à étudier, discuter, développer et répandre, et dont je ne cesserai de poursuivre l'application, jusqu'à ce que l'on me fasse voir que je me trompe, et qu'il existe d'autres moyens, plus directs, plus opportuns, plus spécifiques, plus décisifs, plus révolutionnaires, de nous tirer de l'abîme.

Et d'abord, ne faisons pas comme les médecins étiologistes, qui, à force de rechercher la cause des maladies, finissent par oublier les maladies elles-mêmes, et laissent mourir leurs malades. Ne remontons pas la chaîne sans fin des causes et des effets; considérons le fait en lui-même et disons : La cause du mal, c'est le mal. La cause de la crise, c'est la crise. Le travail est suspendu, les ateliers sont fermés, les magasins restent pleins, le débouché n'appelle plus le produit, le capital fuit, le numéraire se cache, le commerce tombe, l'impôt ne rentre plus, l'État approche de la banqueroute, l'ouvrier à jeun se tord dans le désespoir; en un mot, la CIRCULATION est nulle : voilà la crise.

La société ne vit plus, comme autrefois, sur la propriété individuelle; elle vit sur un fait plus générique, elle vit sur la circulation. Toutes les maladies qui affligent aujourd'hui le corps social peuvent se rapporter à une cessation, à un trouble de la fonction circulatoire. Si donc la circulation se fait mal, si elle est entravée, s'il suffit du moindre accident politique pour la faire cesser tout à fait, c'est que l'appareil est mal établi, c'est que la circulation est gênée dans ses mouvements, c'est qu'elle souffre dans son organisme. Sur quoi repose la circulation dans l'économie de la société? — Sur le numéraire, sur l'argent. Quel en est le moteur? — L'argent.

Qui ouvre et qui ferme la porte du marché aux produits ? — L'argent.

Qui est le roi des échanges, l'étalon du commerce, le type des valeurs? — L'argent.

L'argent est donc nécessaire, indispensable à la circulation ? La routine, à cette question, dit oui, la science dit non.

[English translation]

freedom, because it is clear that we do not feel free, and what are the means to achieve this: what I would propose to do, if I were to represent the people; what would I do if I was minister; what it is that I understand as the political system, domestic and foreign; if I were government, what I would advise the people to ask the National Assembly, at their first opportunity to visit, if my counsels should prevail with the people; what, finally, I would that all friends of the people should study, discuss, develop and spread, and what I will continue trying to implement until I see that I am wrong and that there are other, more direct, more timely, more specific, more decisive, more revolutionary means for pulling ourselves out of the abyss.

First of all, let us not act as do those doctors of etiology, who, in their drive to seek the cause of the disease, eventually forget the diseases themselves, and let their patients die. Let us not revisit the endless chain of causes and effects; let us consider the fact in itself and say: the cause of the disease is the disease. The cause of the crisis is the crisis. Work is suspended, the workshops are closed, the shops remain empty, the market no longer calls for the product, capital flees, currency hides itself, commerce falls, no more income tax comes in, the State approaches bankruptcy, the hungry worker twists in despair; in a word, CIRCULATION is null: that is the crisis.

Society no longer lives, as in other times, on individual property; it lives on a more generic fact, it lives on circulation. All the maladies which today afflict the body politic can be traced to a cessation, to a disturbance in the circulatory function. Thus, if the circulation is poor, if it is cut off, if the least political accident suffices to make everything grind to a halt, it is because the apparatus is poorly established, it is because the circulation is restricted in its movement, it is the victim of its own organization.

On what does circulation in the economy of society depend? On currency, on money.

What is the motor? – money.

Who is the king of exchange, the standard of commerce, the model of values? – money.

Is money thus necessary, indispensable to circulation? Routine, to this question, says yes; science says no.