Mélanges/Tome I/52

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[original French]

« Ce remboursement sera effectué, soit par annuités de 5 pour cent, soit intégralement en une fois, à la convenance de l'emprunteur.

« Jusqu'à parfait remboursement, il sera payé au créancier, chaque année, à titre d'intérêt, 1 pour cent sur la somme due.

« L'exécution du présent décret est confiée aux soins des citoyens grevés d'hypothèques, qui adhéreront aux statuts de la Banquet d'Échange. »

La conversion des créances hypothécaires en créances remboursables par annuités, et sauf intérêt de 1 pour 100, produirait pour tout le pays une économie de plus de 1 milliard 200 millions. Eh bien ! y a-t-il là ombre d'injustice? Les créanciers auraient ils le droit de se plaindre? Les débiteurs seraient-ils des gens de mauvaise foi? Pouvons-nous, producteurs, être condamnés à subir éternellement la suzeraineté du numéraire? à payer à tout jamais l'aubaine du capital?... Par la Banque d'Echange, l'échange, affranchi de tout péage, fait lui-même fonction de capital, fonction de numéraire. Or, la concurrence est libre, depuis 1789, non-seulement entre les industriels, mais entre les capitalistes : quelle loi, divine ou humaine, pourrait nous enlever le bénéfice de cette concurrence? Et lorsque cette bienfaisante concurrence, comme une découverte inattendue, comme un moteur dont la puissance serait infinie et la dépense nulle, vient changer toutes les conditions de la production et de l'échange, et bouleverser l'économie de la société ; au nom de quel principe nous ferait-on perdre, pendant une seule minute, le bénéfice de l'invention?

Comparez maintenant, dans sa moralité et dans ses effets, le décret que je propose ici avec celui rendu par M. Garnier- Pagès sur les créances hypothécaires. M. Garnier-Pagès a agi précisément comme le voulait Barbès : il a entrepris de frapper une contribution sur les riches; il n'a fait que prouver son incapacité par une sottise et une injustice. Le riche, en tant que capitaliste, est invulnérable à l'impôt : cela est désormais connu de tous les économistes. Mais il n'y a plus de riches, et, en organisant la délation entre créanciers et débiteurs, M. Garnier-Pagès n'a réussi qu'à démoraliser les consciences, rendre plus introuvables les capitaux, et frapper au hasard les créanciers malhabiles à se soustraire au recensement. Cependant M. Garnier-Pagès est au pouvoir, et Barbès, le loyal Barbès, est en prison! (1)


(1) Barbes, impliqué dans les troubles du 15 mai, avait été enfermé au donjon de Vincennes.

[English translation]

"The reimbursement will be made either by annual 5 per cent, or fully once, at the discretion of the borrower.

"Until total reimbursement, 1 percent of the sum due will be paid to the creditor as interest each year.

"The implementation of this decree is entrusted to the care of citizens subject to mortgages, which adhere to the statutes of the Bank of Exchange."

The conversion of mortgage loans into loans repayable in annual installments, at only a 1 percent rate of interest, would produce a nationwide savings of more than 1.2 billion.

Well! is there any shadow of injustice in this? Do the creditors have a right to complain? Would the debtors be persons of bad faith? Can we, the producers, be condemned to suffer forever the suzerainty of cash? to pay interest [aubaine] to capital forever? ... Through the Bank of Exchange, commerce, exempt from paying tolls, becomes a function of capital itself, a function of cash. Now, there has been free competition, since 1789, not only between industrialists, but between capitalists: what law, divine or human, could take from us the benefit of this competition? And when this benevolent competition, like an unexpected discovery, like an engine whose power is infinite and zero-cost, changes all the conditions of production and exchange and disrupts the economy of society, on behalf of what principle should we be made to lose the benefit of the invention for even one minute?

Compare now, in its morality and its effects, the decree that I propose here with that rendered by M. Garnier-Pagès on the subject of mortgages. M. Garnier-Pagès acted precisely as Barbès wanted: he tried to exact a contribution from the rich, and through his folly and injustice, he has only proven his impotence. The rich, like a capitalist, is invulnerable to taxation: this is now known to all economists. But the rich are no longer, and by fomenting strife between creditors and debtors, M. Garnier-Pagès has managed to demoralize consciences, render capital more scarce, and strike at random creditors too clumsy to evade the census. But M. Garnier-Pagès is in power, and Barbès, the loyal Barbès, is in prison! (1)


(1) Barbes, implicated in the disorder of May 15, was locked in the dungeon of Vincennes.