Philosophie du Progrès/103

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[original French]

même, et à plus forte raison, je ne puis douter si je me meus, puisque la pensée n'est qu'une forme du mouvement: sur celui-ci, comme sur celle-là, et bien plus encore que sur celle-là, le doute est contradictoire et illégitime (1).

Or, qui dit mouvement dit série, unité diversifiée, groupe, par conséquent moi et non-moi, je et tu, nous et eux, etc., à l'infini. La révélation que j'ai de moi implique nécessairement celle que j'ai des autres et vice-versâ, ou plutôt ces deux révélations n'en font qu'une: d'où il résulte que les lois de la pensée sont en même temps et nécessairement les lois des choses: le contraire serait une contradiction.

Au reste, cette identité décisive du moi et du non-moi, si pénible à établir dans la sphère des idées pures, sera prouvée directement et empiriquement par la physiologie de l'homme collectif, par la démonstration de ses facultés, de ses idées et de ses opérations.

Lorsqu'on aura vu comment, dans l'espèce humaine, l'individu et la société, indivisiblement unis, forment cependant deux êtres distincts, tous deux pensants, agissant et progressifs; comment le premier reçoit une partie de ses idées du second, et exerce à son tour une influence sur lui; comment ensuite les rapports économiques, produits de l'analyse individuelle, et contradictoires entre


(1) Zénon d'Élée niait le mouvement, et prétendait justifier sa négation par un raisonnement mathématique, fondé sur le principe de la divisibilité de l'espace à tinfini. Mais il est évident: 1° que la démonstration de Zénon n'est elle-même qu'un mouvement de son esprit, ce qui implique contradiction; 2° qu'elle repose, comme l'idée de l'espace parcouru, sur une analyse du mouvement, ce qui est une autre contradiction; 3° qu'en poussant la division à l'infini, il faut une rétrogradation à l'infini, ce qui est une troisième contradiction.

[English translation]

and for much stronger reasons, I cannot doubt if I move, since thought is only a form of movement: in this case, as in the former, and much more than in that case, doubt is contradictory and illegitimate (1).

Now, whoever says movement says series, diversified unity, or group, consequently moi and non-moi, I and thou, us and them, etc., to infinity. The revelation that I have of myself [moi] necessarily implies that one that I have of others, and vice-versâ, or rather these two revelations amount to only one: from which it results that the laws of that are at the same time and necessarily the laws of things: the contrary would be a contradiction.

Besides, that decisive identity of moi and non-moi, so difficult to establish in the realm of pure ideas, will be proven directly and empirically by the physiology of the collective man, by the demonstration of his faculties, of his ideas and his operations.

When one has seen how, in the human species, the individual and society, indivisibly united, form however two distinct beings, both thinking active and progressive; how the first receives a part of its ideas from the second, and exercises in its turn an influence on it; how then the economic relations, products of individual analysis, and contradictory among


(1) Zeno of Elea denied movement, and pretended to justify his negation by a mathematical reasoning, based on the principle of the infinite divisibility of space. But it is clear: 1) that the demonstration of Zeno is itself only a movement of his mind, which involves him in a contradiction; 2) that is rests, like the idea of space traveled across, on an analysis of mouvement, which is another contradiction; 3) that in posing the infinite division, he requires an infinite retrogradation, which is a third contradiction.