Philosophie du Progrès/17

From The Libertarian Labyrinth
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[original French]

sont tous des partisans de l'absolu, in omni génère, casu et numero, comme disait Sganarelle.

Qu'est-ce donc que le Progrès? - Depuis près d'un siècle tout le monde en parle, sans que le Progrès, comme doctrine, ait avancé d'un pas. Le mot se dit de bouche: la théorie est encore au point où l'a laissé Lessing (1).


(1) L'idée de Progrès n'est pas nouvelle. Elle n'avait point échappé aux anciens. (Voir de l'Idée du Progrès, par Javery, 1 vol. in-8", Orléans, 1850.) Platon et les stoïciens, Aristote, Cicéron, et une foule d'autres, sans compter les poètes et mythologues, l'avaient nettement conçue. Parmi les modernes, elle fut exprimée par Pascal, et chantée, en quelque sorte, par Bossuet, dans son Discours sur l'histoire universelle, composé à l'imitation de Daniel et de Florus. Elle fut reproduite, avec une force nouvelle, par Lessing, servit de devise à la secte des illuminés de Weisshaupt, et fit, à l'époque de la révolution française, l'originalité de Condorcet. Mais c'est surtout dans notre siècle qu'elle s'est posée avec éclat. Toutes les écoles socialistes l'ont invoquée comme principe de leur critique, et jusqu'à certain point l'ont fait entrer dans leurs systèmes. On connaît la division historique de Saint-Simon: Théocratie, Féodalité ou gouvernementalisme, Industrie; — celle de M. Aug. Comte, Religion, Métaphysique ou philosophie, et Positivisme; celle de Fourrier, Édénisme, Sauvagerie, Patriarcat, Barbarie, Civilisation, Garantisme, Harmonie. Le Progrès a servi à M. Pierre Leroux à rajeunir le dogme de la métempsychose, et, chose encore plus étrange, H. Bûchez a cru y trouver le dernier mot du catholicisme. Il serait inutile d'énumérer, je ne dis pas tous les écrivains, mais toutes les théories, toutes les sectes et écoles qui se sont prévalus de l'idée du Progrès. La démocratie à son tour s'en est emparée, sans se douter qu'une pareille acquisition était aussi incompatible avec ses doctrines officielles qu'avec la théologie elle-même. On n'a pas oublié la Revue du Progrès, que redigea jusque vers 1840 M. Louis Blanc. Tout récemment, un autre écrivain démocrate, M. Eugène Pelletan, l'a prise pour sujet d'une publication qui ne manque, dit-on, ni de philosophie, ni d'intérêt. Sous le nom de Liberté absolue, c'est encore le Progrès qu'affirme le rédacteur en chef de la Presse, M. de Girardin.

[English translation]

are all partisans of the absolute, in omni génère, casu et numero, as Sganarelle said.

What then is Progress? - For nearly a century everyone has talked about it, without Progress, as a doctrine, having advanced a step. The word is mouthed: the theory is still at the point where Lessing left it (1).


(1) The idea of Progress is not new. It had not escaped the ancients. (See de l'Idée du Progrès, by Javery, 1 vol. in-8", Orléans, 1850.) Plato and the stoics, Aristote, Cicero, and a crowd of others, without counting the poets and mythologists, clearly understood it. Among the moderns, it was expressed Pascal, and sung, as it were, by Bossuet, in his Discours sur l'histoire universelle, composed in the imitation of Daniel et de Florus. It was reproduced, with new force, by Lessing, served as motto to the sect of the Illuminati of Weisshaupt, and made, in the epoch of the French Revolution, the originality of Condorcet. But it is above all in our century that it has been posed with brilliance. All the socialistic schools have invoked it as the principle of their critique, and up to a certain point have made it a part of their systems. One knows the historical division of Saint-Simon: Theocracy, Feudalism or governmentalism, Industry; — that of August Comte, Religion, Metaphysics or philosophy, and Positivism; that of Fourier, Édenism, Savagery, Patriarchy, Barbary, Civilization, Garanteeism, Harmony. Progress has served Pierre Leroux to rejuvenate the dogma of metempsychosis, and, an even stranger thing, Bûchez believes he has found there the last word of catholicism. It would be useless to enumerate, not just all the writers, but all the theories, all the sects and schools which are prevailed over by the idea of Progress. Democracy in its turn has taken hold of it, without suspecting that such an acquisition was as incompatible with its official doctrines as with theology itself. We have not forgotten the Revue du Progrès, that Louis Blanc composed until around 1840. Very recently, another democratic writer, Eugène Pelletan, has taken it for the subject of a publication which lacks, it is said, neither philosophy nor interest. Under the name of Liberté absolue, it is still Progress that is affirmed by the editor in chief of la Presse, M. de Girardin.