Philosophie du Progrès/19

From The Libertarian Labyrinth
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[original French]

pensée avance toujours, dont le programme ne saurait s'achever jamais. Et à quelque moment de ma carrière que vous me saisissiez, à quelque conclusion que vous deviez arriver envers moi, vous aurez toujours, soit à m'absoudre au nom du Progrès, soit à me condammer au nom de l'Absolu.

Le Progrès, dans l'acception la plus pure du mot, c'est à dire la moins empirique, est le mouvement de l'idée, processus; mouvement inné, spontané, essentiel, incoercible et indestructible, qui est à l'esprit ce que la pesanteur est à la matière (je suppose avec le vulgaire que l'esprit et la matière, abstraction faite du mouvement, soient quelque chose), et qui se manifeste principalement dans la marche des sociétés, dans l'histoire.

D'où il suit que l'essence de l'esprit étant le mouvement, la vérité, c'est à dire la réalité, aussi bien dans la nature que dans la civilisation, est essentiellement historique, sujette à progressions, conversions, évolutions et métamorphoses. Il n'y a de fixe et d'éternel que les lois mêmes du mouvement, dont l'étude forme l'objet de la logique et des mathématiques.

Le vulgaire, le gros des savants comme des ignorants, entend le Progrès dans un sens tout utilitaire et matériel. Accumulation de découvertes , multiplication des machines, accroissement du bien-être général, tout au plus extension de l'enseignement et amélioration des méthodes; en un mot, augmentation de la richesse matérielle et morale, et participation d'un nombre d'hommes toujours plus grand aux jouissances de la fortune et de l'esprit: tel est pour eux, à peu de chose près, le Progrès. A coup sûr, cela aussi est du Progrès, et la philosophie progressive serait de peu de fruit et de courte vue, si dans ses spéculations elle commençait par mettre de côté l'amélioration physique, morale et intellectuelle de la classe la plus nom[breuse]

[English translation]

thought always advances, whose program will never be finished. And at whatever moment in my career you would come to know me, whatever conclusion you could come to regarding me, you would have always, either to absolve me in the name of Progress, or to condemn me in the name of the Absolute.

Progress, in the purest sense of the word, which is the least empirical, is the movement of the idea, processus; innate, spontaneous and essential movement, uncontrollable and indestructible, which is to the mind what gravity is to matter (I suppose with the vulgar that mind and matter, abstractions made of movement, are something), and which manifests itself principally in the march of societies, in history.

From which it follows that, the essence of mind being movement,truth, which is to say reality, as much in nature as in civilization, is essentially historical, subject to progressions, conversions, evolutions and metamorphoses. There is nothing fixed and eternel but the very laws of movement, the study of which forms the object of logic and mathematics.

The vulgar, the majority of the savants as well as the ignorant, understands Progress in an entirely utilitarian and material sense. The accumulation of discoveries, multiplication of machines, increase in general well-being, all by the greatest extension of education and improvement of methods; in a word, augmentation of material and moral wealth, the participation of an always greater number of men in the pleasures of fortune and of the mind: such is for them, more or less, Progress. Certainly, Progress is this as well, and the progressive philosophy would be short-sighted and bear little fruit, if in its speculations it began by putting aside the physical, moral and intellectual improvement of the most numerous