Philosophie du Progrès/21

From The Libertarian Labyrinth
Jump to: navigation, search

[original French]

Descartes, raisonnant à son insu d'après les préjuges de la vieille métaphysique, et cherchant à la philosophie une base inébranlable, un aliquid inconcussum, comme il disait, s'imagine l'avoir rencontré dans le moi, et il pose ce principe: Je pense, donc je suis; Cogito, ergo sum. Descartes ne s'est pas aperçu que sa base, prétendue immobile, était la mobilité même. Cogito, je pense, ces deux mots expriment le mouvement; et la conclusion, suivant la valeur primitive du verbe être, sum, *****, ou ***, (haïah), n'est encore que le mouvement. Il devait dire: Moveor, ergo fio, je me meus, donc je deviens!

De cette double et contradictoire définition du progrès et de l'absolu se déduit d'abord, comme corollaire, cette proposition assez étrange pour nos esprits façonnés de longue main à l'absolutisme: c'est que le vrai en toutes choses, le réel, le positif, le praticable, est ce qui change, ou du moins qui est susceptible de progression, conciliation, transformation; tandis que le faux, le fictif, l'impossible, l'abstrait, est tout ce qui se présente comme fixe, entier, complet, inaltérable, indéfectible, non susceptible de modification, conversion, augmentation ou diminution, réfractaire par conséquent à toute combinaison supérieure, à toute synthèse.

En sorte que la notion du Progrès nous fournit immédiatement et avant toute expérience, non pas ce qu'on nomme un criterium, mais, comme dit Bossuet, un préjugé favorable, au moyen duquel il est possible de distinguer, dans la pratique, ce qu'il peut être utile d'entreprendre et de poursuivre, d'avec ce qui peut devenir dangereux et funeste; chose importante pour la gouverne de l'État et des affaires.


répugne à l'autorité: elle n'y revient que par la délégation, moyen terme entre la liberté et l'absolutisme.

[English translation]

Descartes, reasoning unconsciously according to the prejudices of the old metaphysics, and seeking an unshakable foundation for philosophy, an aliquid inconcussum, as it was said, imagines that he has found it in the self [moi], and poses this principe: I think, therefore I am; Cogito, ergo sum. Descartes did not realize that his base, supposedly immobile, was mobility itself. Cogito, I think, these two words express movement; and the conclusion, according to the original sense of the verb to be, sum, *****, ou ***, (haïah), is still only movement. He should have said: Moveor, ergo fio, I move, therefore I become!

From that double and contradictory definition of progress and the absolute, is first deduced, as a corollary, a proposition quite strange to our minds, shaped for so long by absolutism: it is that the truth in all things, the real, the positive, the practicable, is what changes, or at least is susceptible to progression, conciliation, transformation; while the false, the fictive, the impossible, the abstract, is everything that presents itself as fixed, entire, complete, unalterable, unfailing, not susceptible to modification, conversion, augmentation or diminution, resistent as a consequence to all superior combination, to all synthesis.

As the notion of Progress is provided to us immediately and before all experience, not what one calls a criterion, but as Bossuet says, a favorable prejudice, by means of which it is possible to distinguish, in practice, that which it may be useful to undertake and pursue, from that which may become dangerous and deadly, and important thing for the government of the State and of commerce.


is averse to authority: it returns to it only by delegation, middle term between liberty and absolutism.