Philosophie du Progrès/22

From The Libertarian Labyrinth
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[original French]

En effet, parmi tant de projets d'amélioration et de réforme qui se produisent journellement dans la société, il est indubitable qu'il s'en trouve d'utiles et de désirables, tandis que les autres ne le sont pas. Or, avant que l'expérience ait décidé, comment reconnaître, à priori, le meilleur du pire, la chose praticable de la spéculation perfide? comment choisir, par exemple, entre la propriété et la communauté, le fédéralisme et la centralisation, le gouvernement direct du peuple et la dictature, le suffrage universel et le droit divin?... Questions d'autant plus difficiles qu'il ne manque pas d'exemples de législateurs et de sociétés qui ont pris pour règle l'un ou l'autre de ces principes, et que tous les contraires trouvent également leur justification dans l'histoire.

Pour moi, la réponse est facile. Toutes les idées sont fausses, c'est à dire contradictoires et irrationnelles, si on les prend dans une signification exclusive et absolue, ou si on se laisse emporter à cette signification; toutes sont vraies, c'est à dire susceptibles de réalisation et d'utilité, si on les met en composition avec d'autres ou en évolution.

Ainsi, prenez-vous pour loi dominante de la République, soit la propriété, comme les Romains, ou bien la communauté, comme Lycurgue, ou la centralisation, comme Richelieu, ou le suffrage universel, comme Rousseau, quelque principe que vous choisissiez, dès lors que dans votre pensée il prime tous les autres, votre système est erroné. Il y a tendance fatale à l'absorption, à l'épuration, à l'exclusion, à l'immobilisme, partant à la ruine. Il n'est pas une révolution dans l'humanité qui ne puisse facilement s'expliquer par là.

Au contraire, admettez-vous en principe que toute réalisation, dans la société et dans la nature, résulte de la combinaison d'éléments opposés et de leur mouvement,

[English translation]

Indeed, among so many projects of amelioration and reform which are produced daily in society, it is unquestionable that some are found useful and desirable, while others are not. Now, before experience has decided, how can one recognize, à priori, the better from the worse, the practical thing from the false specultation? How do you choose, for example, between property and communism, federalism and centralization, direct government by the people and dictatorship, universal suffrage and divine right?... Questions all the more difficult since there is no lack of examples of legislators and of societies which have taken for a rule one or the other of these principles, and since all the contraries find their justification equally in history.

For me, the response is simple. All ideas are false, that is to say contradictory and irrationnal, if one takes them in an exclusive and absolute sense, or if one allows oneself to be carried away by that sense; all are true, susceptible to realization and use, if one takes them together with others, or in evolution.

Thus, whether you take for the dominant law of the Republic, either property, like the Romans, or community, like Lycurgus, or centralization, like Richelieu, or universal suffrage, like Rousseau, whatever principle you choose, since in your thought it takes precedence over all the others, your system is erroneous. There is a fatal tendency to absorption, to purification, exclusion, stasis, leading to run. There is not a revolution in humanity which could not be easily explained by this.

On the contrary, if you admit in principle that every realization, in society and in nature, results from the combination of opposed elements and their movement,