Philosophie du Progrès/27

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Philosophie du Progrès/27/26 Philosophie du Progrès/27/28

[original French]

[progres]sistes, n'est qu'une association fortuite ou arbitraire d'idées, un amphigouri brillanté, un phébus précieux ou sentimental. Je ne vous citerai pas d'exemples: notre littérature contemporaine, abstraction faite de la forme, n'est à mon jugement, au point de vue des idées, qu'un immense gâchis. Personne ne comprend plus son voisin ni soi-même; et si parfois, dans les affaires de parti surtout, quelques-uns semblent entre eux d'accord, c'est qu'un reste de préjugé leur fait répéter les mêmes mots et les mêmes phrases, sans que du reste ils y attachent la même signification. Depuis que la notion de Progrès s'est glissée dans les esprits, l'Absolu ayant conservé la plupart des positions, le chaos est dans toutes les têtes; et comme le Progrès, à un degré quelconque, s'impose à tous avec une force invincible, le plus fou est encore celui qui, en croyant s'en débarrasser, a la prétention de ne paraître pas fou.

J'ai fait ce que j'ai pu, dans la mesure de mes forces, avec plus de bonne volonté sans doute que d'aptitude, pour éclairer un peu ces ténèbres: il ne m'appartient pas de dire jusqu'à quel point j'ai réussi, mais voici à peu près comment j'ai procédé.

Le mouvement existe: voilà mon axiome fondamental. De dire comment j'acquiers la notion du mouvement, ce serait dire comment je pense, comment je suis. C'est une question à laquelle j'ai le droit de ne pas répondre. Le mouvement est le fait primitif que révèlent à la fois l'expérience et la raison. Je vois le mouvement et je le sens; je le vois hors de moi, et je le sens en moi; si je le vois hors de moi, c'est que je le sens en moi, et vice versa. L'idée du mouvement m'est donc donnée à la fois par les sens et par l'entendement; par les sens, puisque pour avoir l'idée du mouvement, il faut l'avoir vu; par l'entendement, puisque le mouvement en soi, quoique sensible, n'est rien de réel,

[English translation]

is only a fortuitous or arbitrary association of ideas, a brilliant amphigory, a precious or sentimental phébus. I will not cite examples to you: our contemporary literature, setting aside the question of form, is in my judgment, from the point of view of ideas, only an immense waste. No one understands his neighbor or himself any more; and if sometimes, in party affairs particularly, some seem to enter into agreement, it is because some residue of prejudice makes them repeat the same words and phrases, without attaching the same meaning to them. Since the notion of Progress has slipped into minds, the Absolute having preserved most of the positions, chaos is in all heads; and as Progress, to some degree, imposes itself on all with an invincible force, the most insane is still the one who, in believing himself rid of it, pretends not to be mad.

I have done what I could, insofar as my strength allowed, with more goodwill no doubt that aptitude, to shed a bit of light on these darknesses: it is not up to me to what extent I have succeeded, but here is, more or less, how I have proceeded.

Movement exists: this is my fundamental axiom. To say how I acquired the notion of movement, would be to say how I think, how I am. It is a question to which I have the right not to respond. Movement is the primitive fact that reveals at once experience and reason. I see movement and I sense I; I see it outside of me, and I sense it in me; if I see it outside of me, it is because I sense it in me, and vice versa. The idea of movement is then given at once by the senses and the understanding; by the senses, since in order to have the idea of movement it is necessary to have seen it; by the understanding, since movement itself, though sensible, is nothing real,