Philosophie du Progrès/29

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[original French]

[inca]pables de les parcourir, d'en ramener la diversité à l'unité, comme dit Kant.

Toute conception, au contraire, indique une analyse du mouvement, ce qui est encore un mouvement, et que je démontre de la manière suivante:

Tout mouvement suppose une direction, A → B. Cette proposition est fournie, à priori, par la notion même de mouvement. L'idée de direction, inhérente à l'idée de mouvement étant acquise, l'imagination s'en empare et la divise en deux termes : A, côté d'où vient le mouvement, B, côté où il va. Ces deux termes donnés, l'imagination les précise en ces deux autres, point de départ et point d'arrivée, autrement dire, principe et but. Or, l'idée de principe et de but n'est qu'une fiction ou conception de l'imagination , que dis-je? une illusion des sens. Une étude approfondie montre qu'il n'y a ni ne peut y avoir, au mouvement perpétuel qui constitue l'univers, ni principe ni but, ni commencement ni fin. Ces deux idées, de notre part purement spéculatives, n'indiquent dans les choses rien de plus que des relations. Accorder une réalité quelconque à ces notions, c'est se faire une illusion volontaire.

De ce double concept, de commencement ou de principe, et de but ou de fin, se déduisent tous les autres. L'espace et le temps sont deux manières de concevoir l'intervalle qui sépare les deux termes supposés du mouvement, point de départ et point d'arrivée, principe et but, commencement et fin. Considérés en eux-mêmes, le temps et l'espace, notions indifféremment objectives ou subjectives, mais essentiellement analytiques, ne sont, à cause de l'analyse même qui leur donne naissance, rien, moins que rien; ils ne valent que par la somme de mouvement ou d'existence qu'ils sont censés contenir, de telle sorte que, suivant la proportion de mouvement ou d'existence qu'il renferme, un point peut valoir l'infini, et un instant l'éternité.

[English translation]

incapable of examining them, of restoring diversity to the unity, as Kant said.

Every conception, on the contrary, indicates an analysis of movement, which is itself still a movement, which I demonstrate in the following manner:

Every movement supposes a direction, A → B. That proposition is fournished, à priori, by the very notion of movement. The idea of direction, inherent in the idea of movement, being acquired, the imagination takes hold of it and divides it into two terms: A, the side from which movement comes, and B, the side where it goes. These two terms given, the imagination summarizes them in these two others, point of departure and point of arrival, otherwise, principle and aim. Now, the idea of a principle or aim is only fiction or conception of the imagination, an illusion of the senses. A thorough study shows that there is not, nor could there be, a principle or aim, nor beginning or end, to the perpetual movement which constitutes the universe. These two ideas, purely speculative on our part, indicate in things nothing more than relations. To accord any reality to these notions is to make for oneself a willful illusion.

From that double concept, of commencement or of principle, and of aim or end, all the others are deduced. Space and time are two ways of conceiving the interval which separates the two terms assumed from movement, point of departure and point of arrival, principle and aim, beginning and end. Considered in themselves, time and space, notions equally objective or subjective, but essentially analytic, are, because of the analysis which gave rise to them, nothing, less than nothing; they have value only from the sum of movement or of existence that they are supposed to contain, so that, according to the proportion of movement or existence that it contains, a point can be worth an infinity, and an instant eternity.