Philosophie du Progrès/30

From The Libertarian Labyrinth
Jump to: navigation, search
Philosophie du Progrès/30/29 Philosophie du Progrès/30/31

[original French]

Je traite de même l'idée de cause: c'est encore un produit de l'analyse, qui, après nous avoir fait supposer dans le mouvement un principe et une fin, nous induit à supposer encore, par une nouvelle illusion de l'empirisme, le premier comme générateur de la seconde, à peu près comme dans le père nous voyons l'auteur ou la cause de ses enfants. Mais ce n'est toujours qu'une relation transformée illégitimement en réalité: il n'y a pas, dans l'univers, de cause première, seconde ni dernière; il n'y a qu'un seul et même courant d'existences. Le-mouvement est: voilà tout. Ce que nous appelons cause ou force n'est, comme ce que nous nommons principe, auteur ou moteur, qu'une face du mouvement, la face A; tandis que l'effet, le produit, le mobile, le but ou la fin, en est la face B. Dans l'ensemble des existences, cette distinction n'a plus lieu: la somme des causes est identique et adéquate à la somme des effets, ce qui est la négation même des unes et des autres. Le mouvement ou, comme disent les théologiens, la création, est l'état naturel de l'univers.

De l'idée de mouvement, je déduis encore, et toujours par le même procédé analytique, les concepts d'unité, de pluralité, de même, d'autre; lesquels à leur tour me conduisent à ceux de sujet et d'objet, d'esprit et de matière, etc., sur lesquels je reviendrai tout à l'heure.

C'est ainsi qu'à l'aide d'une seule notion, dont j'avoue, au surplus, l'impénétrabilité, parce qu'elle est l'existence même et la vie, avec la notion, dis-je, de mouvement et de Progrès, je rends compte de la formation des idées, et que je les explique toutes, intuitions et conceptions, celles-là par voie de composition, celles-ci par voie d'analyse. Ce n'est point là, j'imagine, la marche qu'ont suivie jusqu'ici les philosophes qui ont spéculé sur le mouvement: sans cela, il y a longtemps qu'ils auraient fait l'application de leur méthode à la pratique sociale; il y a longtemps qu'ils

[English translation]

I treat the idea of cause in the same way: it is still a product of analysis, which, after having made us suppose in movement a principle and a goal, we conclude by supposing further, by a new illusion of empirism, that the first is the generator of the second, much as in the father we see the author or the cause of his children. But it is always only a relation illegitimately transformed into reality: there is not, in the universe, first, second, or last cause; there is only one single current of existences. Movement is: that is all. What we call cause or force is only, like that which we call principle, author or motor, a face of movement, the face A; while the effect, the product, the motive, the aim or the end, is face B. In the ensemble of existences, that distinction has no more place: the sum of causes is identical and adequate to the sum of effects, which is the very negation of both. Movement or, as the theologians say, creation, is the natural state of the universe.

From the idea of movement, I further deduce, and always by the same analytic method, the concepts of unity, of plurality, of same, of other; which in turn lead me to those of suject and object, of mind and matter, etc., to which I will return soon.

It is thus that with the help of a single notion, of which I admit, furthermore, the impenetrability, because it is existence itself and life, with the notion, I say, of movement and of Progress, I account for the formation of the ideas, and I explain them all, intuitions and conceptions, the former by way of of composition, the latter by way of analysis. It is not there, I imagine, the march that has been followed up to now by the philosophers who have speculated about movement: but for that, they would have long ago made an application of their method to social practice; a long time ago they