Philosophie du Progrès/31

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[original French]

auraient révolutionné le monde. Car telle est la théorie des idées, telle l'économie du genre humain.

III

La théorie des idées me conduit à celle du raisonnement.

Du moment que je conçois le mouvement comme l'essence de la nature et de l'esprit, il s'ensuit d'abord que le raisonnement, ou l'art de classer les idées, est une certaine évolution, une histoire, ou, comme je l'ai appelé quelque part, une série. D'où il résulte que le syllogisme, par exemple, le roi des arguments de l'ancienne école, n'a qu'une valeur tout à fait hypothétique, conventionnelle et relative : c'est une série tronquée, propre uniquement à faire déraisonner le plus innocemment du monde ceux qui ne savent pas la ramener à sa plénitude, en opérer la reconstruction intégrale.

Ce que je dis du syllogisme, il faut le dire de l'induction baconienne, du dilemme, et de toute l'ancienne dialectique.

L'induction, demeurée stérile entre les mains des philosophes, malgré l'annonce de Bacon, redeviendrait l'instrument de l'invention et la formule la plus heureuse de la vérité, si elle était conçue, non plus comme une sorte de syllogisme pris à rebours, mais comme la description complète d'un mouvement de l'esprit, inverse de celui indiqué par le syllogisme, et tracé, de même que dans le syllogisme, par un petit nombre de jalons.

Le dilemme, réputé le plus fort des arguments, ne serait plus regardé que comme une arme de mauvaise foi, le poignard du brigand qui vous attaque dans l'ombre, par derrière et par devant, tant qu'il n'aurait pas été rectifié

[English translation]

would have revolutionized the world. For such is the theory of ideas, such the economy of the human race.

III

The theory of ideas leads me to that of reasoning.

From the moment that I conceive of movement as the essence of nature and of mind, it follows fir that reasoning, or the art of classifying ideas, is a certai evolution, a history, or, as I have sometimes called it, a series. From this it results that the syllogism, for example, the king of arguments of the ancient school, has only a hypothetical, conventional and relative value: it is a truncated series, proper only to make babble most innocently about the world those who do not do not know how to return it to its fullness, by bringing about its full reconstruction.

What I say about the syllogism, must be said of the baconian induction, of the dilemma, and of all the ancient dialectic.

The induction, remaining sterile in the hands of the philosophers, despite the declaration of Bacon, would return as the instrument of invention and the happiest formula for truth, if it was conceived, no longer as a sort of syllogism taken in reverse, but as the complete description of a movement of the mind, inverse to that indicated by the syllogism, and traced, just as in the syllogism, by a small number of marks.

The dilemma, considered the strongest of arguments, would no longer be considered anything but a weapon of bad faith, the dagger of the brigand who attacks you in the shadow, from the back and from the front, to the extent that it has not been rectified