Philosophie du Progrès/40

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Philosophie du Progrès/40/39 Philosophie du Progrès/40/41

[original French]

plante, bien qu'elle y rencontre des analogies; — un être, enfin, qui, sorti de la nature, semble le Dieu de la nature, dont il exprime à un degré supérieur (surnaturel) les puissances et les lois (1).

De pareilles doctrines, je le sais, quand elles ne se ré-


(1) « L'homme seul n'est qu'un fragment d'être: l'être véritable est l'être collectif, l'Humanité, qui ne meurt point, qui, dans son unité, se développe sans cesse, recevant de chacun de ses membres le produit de son activité propre, et lui communiquant, selon la mesure où il peut participer, le produit de l'activité de tous: corps dont la croissance n'a point de terme assignable, qui, suivant les lois immuables de sa conservation et de son évolution, distribue la vie aux organes divers qui perpétuellement le renouvellent, en se renouvelant eux-mêmes perpétuellement. (De la Société première et de ses lois, par Lamennais, 1848.)

Qui ne croirait, après avoir lu ce passage où la réalité objective, organique, personnelle de l'être collectif est affirmée avec toute l'énergie et la propriété d'expressions dont le langage est susceptible, que l'auteur va donner l'anatomie, la physiologie, la psychologie, etc., de la société? Mais M. de Lamennais est grand poète et fort peu naturaliste. La métaphore le rend divin; et tandis qu'il croit ne faire qu'une allégorie, il pose, à son insu, l'être réel qu'il ne sait pas. Après avoir parlé en philosophe humanitaire de l'être collectif, M.. de Lamennais retourne chercher les lois de la société dans la théologie; il analyse les dogmes de la Trinité et de la Grâce, et retombe dans le vide intellectuel, propre aux mystiques et aux phraséologues.

Je pourrais citer encore d'autres écrivains qui, comme M. de Lamennais, semblent avoir touché la réalité de l'être social, et parlent dans les meilleurs termes de son âme, de son génie, de ses passions, de ses idées, de ses actes, etc. Mais on s'aperçoit vite que tout cela n'est de leur part que figure et verbiage; pas un fait, pas une observation, qui témoigne qu'ils aient compris leurs propres paroles. C'est comme le style de ces économistes, qu'on jurerait, aies lire, disciples de Babœuf ou de Cabet, mais qu'on reconnaît bientôt, à leurs protestations anti-socialistes, pour les plus hypocrites et les plus insipides de bavards.

[English translation]

plant, although it finds analogies there; — a being, finally, who, starting from nature, seems the God of nature, the powers and laws of which it expresses to a superior (supernatural) degree. (1).

Similar doctrines, I know, when they


(1) "Man is only a fragment of being: the true being is the collective being, Humanity, which does not die, which, in its unity, develops unceasingly, receiving from each of its members the product of its own activity, and communicating to it, according to the measure in which it can participate, the product of the activity of all: a body of which the growth has no assignable end, which, following the immutable laws of it conservation and evolution, distributes life to the various organs which perpetually renew it, by perpetually renewing themselves. (De la Société première et de ses lois, by Lamennais, 1848.)

Who would not believe, after having read this passage where the objective, organic, personal reality of the collective being is affirmed with all the energy and propriety of expression of which the language is capable, that the author was going to give the anatomy, physiology, psychology, etc., of society? But Lamennais is a great poet and not much of a naturalist. The metaphor returns to the divine; and while he believes he only makes an allegory, he posits, unknowningly, a real being of which he is unaware. Après avoir parlé en philosophe humanitaire de l'être collectif, M.. de Lamennais returns to seeking the laws of society in theology; he analyzes the dogmas of the Trinity and of Grace, and falls again into the intellectual void, proper to the mystics and the phraseologists.

I could cite still other writers who, like Lamennais, seem to have touched the reality of the social being, and speak in the finest terms of its soul, of its genius, of its passions, of its ideas, of its acts, etc. But one quickly perceives that all of that is only figure and verbiage on their part; not a fact, not an observation, which testifies that they have understood their own words. It is like the style of the economists, that one would judge, to read them, disciples of Babœuf or of Cabet, but that one soon recognizes, by their anti-socialist protestations, for the most hypocritical and most insipid of chatterboxes.