Philosophie du Progrès/48

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[original French]

VII

Est-ce la peine à présent, monsieur, que je rappelle ici celles de mes propositions, qui, en politique, économie politique, morale, etc., ont fait le plus de bruit, causé le plus de scandale; que je montre comment elles découlaient toutes de la notion du Progrès, identique dans mon esprit à celle d'ordre?

J'écrivais en 1840 cette profession de foi politique, aussi remarquable de laconisme que d'énergie: Je suis anarchiste, posant par ce mot la négation, ou mieux l'insuffisance du principe d'autorité... C'était dire, comme je l'ai montré plus tard, que la notion d'autorité n'est, de même que la notion d'un être absolu, qu'une conception analytique, impuissante, de quelque part qu'on fasse venir l'autorité, et de quelque façon qu'elle s'exerce, à donner une constitution sociale. A l'autorité , à la politique, je substituais donc l'économie, idée synthétique et positive, seule capable, selon moi, de conduire à une conception rationnelle et pratique de l'ordre social. Je ne faisais d'ailleurs en cela que reprendre la thèse de Saint-Simon, si étrangement défigurée par ses disciples, et combattue aujourd'hui, pour des raisons de tactique que je ne devine pas, par M. Enfantin. Elle consiste à dire, d'après l'histoire, et d'après l'incompatibilité des idées d'autorité et de progrès, que la société est en train d'accomplir pour la dernière fois le cycle gouvernemental; que la raison publique a acquis la certitude de l'impuissance de la politique , en ce qui concerne l'amélioration du sort des masses; qu'à la prépondérance des idées du pouvoir et d'autorité a commencé de succéder dans l'opinion comme "dans l'histoire la prépondérance des idées de travail et

[English translation]

VII

Is it worthwhile now, sir, for me to recall those of my propositions, which, in politics, political economy, morals, etc., have made the most noise, and caused the most scandal? Must I show how they all resulted from the notion of Progress, which is identical in my mind to that of order?

I wrote in 1840 that profession of political faith, as remarkable from brevity as for energy: I am an anarchist. I posited by that word the negation, or rather the insufficiency of the principle of authority... That was to say, as I later showed, that the notion of authority is only, the same as the notion of an absolute being, an analytic idea, powerless, from whatever direction one might come at authority, and in whatever manner it is exercised, to give a social constitution. For authority, for politics, I then substituted economy, a synthetic and positive idea, alone capable, in my opinion, of leading to a rational and practical conception of the social order. However, I did nothing in this but to repeat the thesis of Saint-Simon, so strangely disfigured by his disciples, and combated today, for tactical reasons that I cannot work out, by M. Enfantin. It consists in saying, based on history and the incompatibility of the ideas of authority and progress, that society is on the way to accomplishing for the last time the governmental cycle; that the public reason has gained certainty of the powerlessness of politics, in that which concerns the improvement of the condition of the masses; that the predominance of the ideas of power and authority has begun to be succeeded, in opinion as in history, by the predominance of the ideas of labor and