Philosophie du Progrès/55

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[original French]

Rousseau, mais une égalité commutative et progressive, ce qui est d'une tout autre portée pour la Justice.

Admettons, en effet, pour un moment, le principe de l'égalité à priori des biens et des personnes. Chose singulière! la conséquence de cette prétendue égalité sera l'immobilisme, l'absolu, partant la misère. La société pourra sans doute continuer de végéter et s'agiter; elle ne progressera, plus. L'espèce humaine, constituée sur une anticipation, prenant son but pour son moyen, au lieu d'être elle-même, ne serait plus qu'un analogue de certains animaux, tels que les fourmis, les castors, etc., dont les sociétés existent depuis la création, mais n'avancent point. Pour une société ainsi faite, le principe d'ordre, ou, pour mieux dire, de station, se trouverait, comme pour les sociétés fondées sur l'inégalité ou la caste, dans un pouvoir impératif, dominant toutes les volontés, se subordonnant toutes les énergies, absorbant dans sa virtualité collective toutes les spontanéités individuelles. C'est d'après ce système d'égalité absolutiste que s'organisèrent les premiers États; c'est ainsi qu'en cédant toujours un peu sous la pression invisible de la liberté, à travers mille contradictions et mille inconséquences, ils se sont maintenus jusqu'à nos jours dans le vieil esprit de leur institut.

Mais qu'une révolution, comme celle de 89, proclame tout à coup la liberté industrielle et par ce seul mot change la notion de l'égalité: alors la civilisation ne rencontre plus d'obstacles dans sa marche, du même coup l'ancienne forme politique reste inapplicable. Avec le principe de la liberté dans le travail et de l'égalité dans l'échange, ce qui implique le consentement de l'impôt et le contrôle, l'équilibre de la société ne peut plus dépendre, en principe, du commandement souverain, roi ou peuple; il résulte virtuellement de la détermination synallagma[tique]

[English translation]

but a commutative and progressive equality, which is of a completely different thrust for Justice.

Let us admit, indeed, for a moment, the principle of the a priori equality of goods and of persons. What a singular thing! The consequence of that alleged equality will be stasis, the absolute, partant misery. Society would doubtless continue to stagnate and to agitate; it would no longer progress. The human species, constituted on an anticipation, taking its end for its means, instead of being itself, it would no longer be but an analog of certain animals, such as ants, beavers, etc., societies of which have existed since creation, but do not advance at all. For a society thus made, the principle of order, or, to put it better, of station, would find itself, like societies founded on inequality or caste, in an imperative power, dominating all wills, subordinating all energies, absorbing in its collective virtuality all spontaneous individualities. It is according to this system of absolutist that the first States were organized; it is thus that by yielding always a little under the invisible pressure of liberty, across a thousand contradictions and a thousand inconsequences, they have maintained themselves in the old spirit of their institute.

But that a revolution, like that of 89, proclaims all at once industrial liberty and by that single word changes the notion of equality: then civilization can no longer encounter more obstacles in its advance, at the same blow the old political form remains inapplicable. with the principle of liberty in work and of equality in exchange, which implies the acceptance of taxation and monitoring, the equilibrium of society can no longer depend, in principle, on sovereign commandment, king or people; it results virtually from the synallagmatic determination