Philosophie du Progrès/57

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[original French]

IX

En donnant à la Justice une formule plus pratique et plus précise, la théorie du progrès économique a posé le fondement de la morale.

La Morale est l'ensemble des préceptes qui ont pour objet la persévérance dans la justice. C'est, en autres termes, le système de la justification, l'art de se rendre saint et pur par les œuvres, c'est à dire encore et toujours le Progrès. Heureux ceux qui ont le cœur pur, est-il dit au sermon sur la montagne, parce quils verront Dieu! Ces paroles, beaucoup mieux que le précepte de charité, résument toute la loi. Elles signifient que la sainteté, l'apogée de la justice, est le fond même de la religion, et que la vision béatifique, le souverain bien des anciens philosophes, le bonheur, comme disent les socialistes modernes, en est le fruit. Voir Dieu, dans la langue des mythes, c'est avoir la conscience de sa propre vertu, c'est en jouir et par là même en recueillir le prix. Ainsi, la morale n'a de sanction qu'elle-même: elle dérogerait à sa dignité, elle serait immorale, si elle tirait d'ailleurs sa cause et sa fin. C'est pourquoi la morale a tendu de tout temps à se séparer du dogmatisme théologique, l'essence de la religion à se séparer de l'enveloppe religieuse, dont les vaines figures ne pouvaient que la compromettre. A Rome, les formules de la religion étaient toutes, comme les articles du Décalogue, des formules juridiques. A la Chine et au Japon, où toute théologie a été rejetée de bonne heure, on a conservé précieusement la pratique de la sanctification, ou culte de la pureté. Pureté ou clarté de la raison, pureté ou innocence du cœur, pureté ou santé du corps, pureté ou justice dans les actions et sincérité dans les pa[roles]

[English translation]

IX

In giving to Justice a more practical and precise formula, the theory of economic progress has posited the foundation of morals.

Moral science is the ensemble of the precepts which have for their object perseverance in justice. It is, in other words, the system of justification, the art of rendering oneself holy and pure by works, which is to say, still and always, Progress. Happy are the pure of heart, it was said at the sermon on the mount, because they shall see God! These words, so much better than the theory of charity, summarize the whole law. They signify that holiness, the apogee of justice, is the very basis of religion, and that the beautific vision, the sovereign good of the ancient philosophers, happiness, as the modern socialists say, is its fruit. To see God, in the language of the myths, is to have consciousness of one's own virtue, it is to enjoy it and thereby collect the prize. Thus, morals has no sanction but itself: it would infringe on its dignity, it would be immoral, if it held besides its cause and its end. That is why morals has tended at all times to separate itself from theological dogmatism, the essence of religion to separate itself from the religious envelope, the vain figures of which could only compromise it. In Rome, the formulas of religion were all, like the articles of the Decalogue, juridical formulas. In China and Japan, where all theology had been rejected early, it was precisely the practice of sanctification, or cult of purity, which was preserved. Purity or clarity of reason, purity or innocence of heart, purity or health of the body, purity or justice in action and sincerity in speech