Philosophie du Progrès/58

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[original French]

roles, pureté même dans la justice, c'est à dire, modestie dans la vertu: voilà la morale du Progrès, voilà ma religion. Elle suppose un effort continuel sur elle-même, et elle admet toutes les transitions, elle convient à tous les lieux et à tous les temps. La morale, monsieur, remarquez-le bien, est la seule chose que je regarde comme absolue, non pas quant à la forme du précepte, toujours variable, mais quant à l'obligation qu'il impose: or, cet Absolu n'est encore qu'une conception transcendante, ayant pour but la perfection idéale de l'être humain, par la fidélité à la loi et au progrès.

Mais, m'allez-vous dire, qui est saint? Et si aucun homme vivant ne peut se vanter d'être saint, comment, avec la théorie du Progrès, allons-nous résoudre le problème de la destinée de l'homme? Le péché existe, et c'est une grande question parmi les sages, de savoir s'il diminue, ou si au contraire il n'étend pas, avec la civilisation elle-même, son empire. Tous les siècles ont retenti de plaintes sur la malice croissante des générations. L'orateur dénonce à la tribune la décadence du siècle: 0 tempora, o mores! s'écrie-t-il. Et le poète, dans sa misanthropie, chante le progrès du vice et du crime:

AEtas majorum, pejor avis, tulit
Nos nequiores, mox daturos
Progeniem vitiosiorem. <ref>"Our fathers were worse than our grandsires; we have deteriorated from our fathers; our sons will cause us to be lamented."</ref>

Si donc la sainteté n'existe nulle part sur terre, si la sanctification n'aboutit point parmi les mortels, le Progrès reste sans conclusion. Il faut en reporter le terme plus loin, et après avoir affranchi de l'Absolu l'humanité militante, l'y faire rentrer pour son couronnement. A quoi sert, dès lors, l'idée du Progrès, si le Progrès, de même que la chute, réclame une solution transmondaine, quelque

[English translation]

purity even in justice, which is to say, modesty in virtue: there is the morale of Progress, there is my religion. It supposes a continual effort on itself, and it allows all the transitions, it suits all places and times. Morale, sir, remark it well, is the one thing that I regard as absolute, not as to the form of the precept, always variable, but as to the obligation that it imposes: now, that Absolute is still only a transcendent idea, having for aim the ideal perfection of the human being, by fidelity to the law and to progress.

But, you will ask me, who is holy? And if no man can boast of being holy, how, with the theory of Progress, will you resolve the problem of man's destiny? Sin exists, and it is a great question among the wise, to know if it diminishes, or if on the contrary it does not, with civilization itself, extend its empire. All the centuries have resounded with laments of the growing malice of the generations. The orator denounces to the tribunal the decadence of the century: O tempora, o mores! he cries. And the poet, in his misanthropy, sings of the progress of vice and crime:

AEtas majorum, pejor avis, tulit
Nos nequiores, mox daturos
Progeniem vitiosiorem.

If then sanctity exists nowhere on earth, if sanctification does not succeed among mortals, Progress remains without a conclusion. It must be deferred to the long term, and after having freed militant humanity from the Absolute, it must make humanity return to the Absolute for its coronation. What serves, consequently, the idea of Progress, if Progress, like the Fall, calls for an otherworldly solution, some

Notes

<references />