Philosophie du Progrès/59

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[original French]

chose comme l'immortalité? Quelle peut être la valeur d'une théorie qui, après avoir posé le Progrès comme condition sine quâ non de la nature et de l'esprit, est forcée d'avouer qu'elle ne trouve à ce Progrès ni terme ni objet, qui se contredirait si elle en admettait un?...

A cette objection, voici ma réponse.

D'abord, en ce qui concerne non plus la loi morale, désormais hors d'atteinte, mais la moralité humaine, je définis le Progrès une connaissance du bien et du mal, par conséquent une imputabilité toujours croissante (1). De telle sorte que, quelle que soit à chaque génération la proportion du délit, le mérite et le démérite, soumis à une oscillation perpétuelle, deviennent aussi toujours plus grands.

Ceci se démontre par l'histoire.

Il est avéré, 1° que les sciences, les arts, le commerce, la politique, etc., sont en progrès continu ; 2° qu'en vertu de ce progrès les rapports juridiques se multiplient de plus en plus parmi les hommes. De ce double progrès, qui s'accomplit en dehors de la volonté, il résulte pour cette dernière, d'une part, que ses attractions passionnelles sont de plus en plus exaltées, de l'autre, que le sentiment du juste augmente en elle parallèlement. Sous ces deux points de vue, il est certain qu'une différence immense existe entre la civilisation moderne et la société primitive: de même que chez nous la sensibilité, en dépouillant ses formes brutales, est devenue plus vive, de même le respect du droit est devenu plus profond. Les honnêtes gens


(1) Ce n'est pas la connaissance seule qui s'augmente, non plus que la moralité; le travail de la raison réagissant sur la raison, c'est aussi la raison. Nos facultés, prises dans la moyenne de leur ensemble, ne sont pins de même degré ni de même qualité qu'elles l'étaient chez nos pères: là aussi il y a mouvement.

[English translation]

thing like immortality? What can be the theory which, after having posited Progress as the condition sine qua non of nature and mind, is forced to admit that it finds for that Progress neither term nor object, which would contradict itself if it had admitted one?...

Here is my response to that objection.

First, in that which no longer concerns the moral law, henceforth unassailable, but human morality, I define Progress as a knowledge of good and evil, consequently an always growing imputability (1). So that, whatever is in each generation the proportion of offence, the merit and demerit, subject to a perpetual oscillation, becomes also always greater.

This is demonstrated by history.

It is averred, 1) that the sciences, the arts, commerce, politics, etc., are in continual progress; 2) that by virtue of that progress the juridical relations are multiplied more and more among men. From this double progress, which is accomplished apart from the will, it results for that last, for one part, that its passional attractions are more and more exalted, for the other, that the sentiment of the just is increased in it proportionally. From these two points of view, it is certain that an immense difference exists between modern civilization and primitive society: just as among us sensibility, by shedding its brutal forms, has become more lively, so the respect for right has become more profound. Honest people


(1) It is not knowledge alone which is augmented, no more than morality; the work of the reason reacts on the reason, is also reason. Our faculties, take in the average of their ensemble, are no longer of the same degree nor of the same quality as the were among our fathers: there also there is movement.