Philosophie du Progrès/60

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[original French]

au dix-neuvième siècle valent mieux que ceux du temps de Scipion ou de Périclés; par la même raison, les méchants sont devenus plus scélérats. La conformité de la volonté à la loi est donc aujourd'hui plus méritoire, sa résistance plus criminelle. C'est en cela, selon moi, que consiste le progrès de notre moralité.

De savoir maintenant si la somme des faits coupables diminue, si celle des actes vertueux augmente, c'est une question sur laquelle on peut disputer à loisir, mais dont la solution me paraît en fait impossible, et en tout cas inutile. Ce qui est vrai, c'est qu'il y a compensation à toutes les époques entre le bien et le mal, comme entre le mérite et le démérite, et que la condition la plus favorable pour la société est celle où le mouvement dans la justice s'ao complit avec la moindre oscillation, dans un équilibre qui exclut également les grands sacrifices et les grands crimes. Et ne nos inducas in tentationem! a dit Jésus-Christ: "Ne nous expose pas, ô Dieu, à des épreuves trop difficiles!" On ne pouvait caractériser plus heureusement la moralité humaine et sa marche timide.

Que notre conscience, de plus en plus éclairée, acquière donc de plus en plus d'énergie: là est notre gloire, car là aussi est notre condamnation. Que l'idée du bien se réalise dans toutes nos actions, s'il est possible ; que l'idée du mal reste au fond de nos cœurs, comme une puissance enchaînée: c'est tout ce que nous pouvons nous promettre. Quant à prétendre que les œuvres de la vertu devenant chaque jour plus abondantes, le principe du péché, qui n'est autre chose que la spontanéité de notre nature animale, s'affaiblisse, ce serait une contradiction.

Vertueux ou coupable, l'homme, en un mot, devient toujours plus homme: telle est la loi de son génie et de ses mœurs.

Mais, insistez-vous, et c'est ici la pierre d'achoppement

[English translation]

of the nineteenth century are worth more than those of the times of Scipio or Pericles; for the same reason, the vicious have become more villainous. The conformity of the will to the law is thus today more meritorious, and its resistance more criminal. The progress of our morality, I say, consists in this.

To know now if the sum of culpable facts diminishes, if that of virtuous acts increases, is a question about which we can dispute at leisure, but of which the solution appears to me in fact impossible, and in any case useless. What is true is that there is a compensation in all epochs between good and evil, as between merit and demerit, and that the most favorable condition for society is that where the movement in justice is accomplished with the least oscillation, in an equilibrium which excludes equally great sacrifices and great crimes. Et ne nos inducas in tentationem! Jesus Christ has said: "Do not expose us, oh God, to proofs too difficult!" One could not characterize more sadly human morality and its timid advance.

Let our conscience, more and more enlightened, acquire thus more and more energy: there is our glory, for there also is our condemnation. Let the idea of good be realized in all our actions, if it is possible, and let the idea of evil remain deep in our hearts, like an enchained power: that is all that we can promise ourselves. To pretend that the works of virtue becoming each day more abundant, the principle of sin, which is nothing other than the spontaneity of our animal nature, weakens, would be a contradiction.

Virtuous or culpable, man, in short, becomes always more man: that is the law of his genius and of his morals.

But, you insist, and here is the stumbling block