Philosophie du Progrès/61

From The Libertarian Labyrinth
Jump to: navigation, search
Philosophie du Progrès/61/60 Philosophie du Progrès/61/62

[original French]

de notre pauvre raison, quel est le terme de cette ascension dans la justice? "J'ai fourni la course, s'écrie l'Apôtre; j'ai touché le but: où est ma récompense?" Là donc où la religion nous fait entrevoir l'immortalité, que dit le Progrès?

A cette question finale, où toute pensée se trouble, où la philosophie se confond, je suis forcé d'abréger mes paroles, et d'y laisser malgré moi quelque obscurité. Les faits sociaux, qui doivent servir à la constitution de la morale, étant encore inconnus, je ne puis argumenter de ces faits comme s'ils étaient connus: il faut que je me renferme dans de sentencieuses assertions.

L'immortalité de l'âme n'est autre chose que l'élévation de l'homme par le pensée à l'idéalité de sa nature, et la prise de possession qu'il fait de sa propre divinité.

Le front rayonnant de Moïse, l'assomption d'Élie, la transfiguration du Christ, et jusqu'à l'apothéose des Césars, sont autant de mythes qui servirent jadis à exprimer cette idéalisation.

L'art et la religion ont pour objet de nous faire travailler sans cesse, par les excitations qui leur appartiennent, à l'apothéose de nos âmes.

Ainsi la théorie du Progrès ne nous promet point l'immortalité, comme la religion; elle nous la donne, elle nous en fait jouir dès cette vie, elle nous apprend à la conquérir et à la connaître.

Être immortel, c'est posséder Dieu en soi, dit le prophète Isaïe, ce qu'il exprime d'un seul mot, dont il fait un nom propre: Immanuel. Or, nous possédons Dieu par la justice.

Cette possession est de tous les temps, de tous les lieux, de toutes les conditions: il suffit pour l'obtenir, de connaître, de vouloir et d'exercer la justice.

La justice est donc en même temps béatitude, comme

[English translation]

of our poor reason, what is the term of that ascension in Justice? I have furnished the course, cried the Apostle; I have touched the end: where is my recompense? There where religion makes us glimpse immortality, what says Progress?

To that final question, where every thought is troubled, where philosophy is confounded, I am forced to cut short my words, and to leave despite myself some obscurity. The social facts, which must serve to the constitution of morals, being still unknown, I cannot then argue from these facts as if they were known: I must contain myself in these sententious assertions.

The immortality of the soul is nothing other than the elevation of man by thought to the ideality of his nature, and the taking of possession that he makes of his own divinity.

The radiant forehead of Moses, the assumption of Elijah, the transfiguration of Christ, and even the apotheosis of the Caesars, are so many myths which once served to express that idealization.

Art and religion have for object to make us labor without ceasing, by the excitations that belong to them, to the apotheosis of our souls.

Thus the theory of Progress does not promise us immortality, like religion; it gives it to us, it makes us enjoy it in this life, it teaches us to conquer it and to know it.

To be immortal is to possess God in oneself, says the prophet Isaiah, which he expressed in a single word, of which he made a proper name: Immanuel. Now, we possess God by justice.

That possession is for all times, for all places, for all conditions: it is enough to obtain it, to know, want and exercise justice.

Justice is thus at the same time beatitude, as