Philosophie du Progrès/62

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[original French]

l'enseignait le Portique : sa présence fait notre félicité, sa privation notre supplice. L'idée d'une félicité ultérieure à mériter par la justice est une illusion de notre entendement qui, au lieu de nous faire concevoir le mouvement comme une série d'ensemble, ayant sa raison en soi et son objet essentiel, s'obstine à y voir un point de départ et un autre d'arrivée, comme si la justice, ainsi que la vie, n'était pour nous qu'une transformation de notre être d'un état à un autre état. Mais c'est là une erreur palpable, qui se trouve réfutée d'avance par la théorie du mouvement et de la formation des concepts, et qui d'ailleurs constitue, ainsi que nous venons de le prouver, une offense à la morale: de même que le mouvement est l'état de la matière, de même la justice est l'état de l'humanité.

La possession de la justice est donc adéquate à la possession de Dieu, au delà de laquelle il n'y a, c'est la religion qui le déclare, plus rien pour l'homme. Reste à savoir quel est le caractère de cette possession, relativement aux conditions de l'espace et du temps.

L'espace et le temps ne sont rien par eux-mêmes: ils ne valent que par leur contenu. Si une existence, quelle que soit sa durée, s'élève jusqu'au sublime; si, par la conception de son propre idéal et sa volonté de l'exprimer, elle vient pour ainsi dire toucher à l'absolu: alors cette existence peut se dire consommée. Elle tombe dans l'infini: parvenue à son apogée, elle n'a plus rien à faire parmi les vivants. Il n'y a rien pour un être hors de sa plénitude, qui est sa glorification, pas plus qu'il n'y a de complément à l'univers. De même que l'insecte, au plus haut période de sa vie éphémère, vaut autant et plus que le soleil dans la splendeur de ses rayons; de même pour l'homme juste un instant d'extase vaut une éternité de paradis. Une éternité et un instant, c'est la même chose, a dit saint Augustin. Or, l'éternité ne se répète pas: et quand on a vu

[English translation]

the Portico taught it: its presence makes our happiness, its privation our torment. The idea of a subsequent happiness merited by justice is an illusion of our understanding which, instead of making us conceive movement as a series in ensemble, having its reason in itself and its essential object, persist in seeing there a point of departure and another of arrival, as if justice, such that life, was for us only a transformation of our being from one state to another state. But that is a palpable error, refuted in advance by the theory of movement and of the formation of concepts, and which moreover constitutes, as we have just proven, an offense to morale: just as movement is the state of matter, justice is the state of humanity.

The possession of justice is thus adequate to the possession of God, apart from which there is, and it is religion which declares it, no longer anything for man. It remains to know what is the character of that possession, relative to the conditions of space and time.

Space and time are nothing by themselves: they are valued only by their content. If an existence, of whatever duration, is raised up to the sublime; if, by the conception of its own ideal and the will to express it,it comes so to speak to touch the absolute: then that existence can be called consummated. It falls in the infinite: reaching its apogee, it no longer has anything to do among the living. There is nothing for a being apart from its plenitude, which is its glorification, any more than there is a complement to the universe. Just like the insect, at the highest point in its ephemeral life, is worth as much and more than the sun in the splendor of its rays, so for man just an instant of ecstasy is worth an eternity of paradise. An eternity and an instant, it is the same thing, said St. Augustine. Now, eternity does not repeat itself: and when one has seen