Philosophie du Progrès/64

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[original French]

X

Je disais tout à l'heure que l'art avait pour objet, de même que le culte, de nous élever à l'immortelle béatitude par l'excitation de ses jouissances. Permettez-moi d'entrer à ce sujet dans quelques explications. C'est surtout au point de vue de l'art que le socialisme est accusé de barbarie, et le progrès de fausseté: il faut savoir jusqu'à quel point ce double reproche est mérité.

On nous dit: Quelle supériorité les modernes ont-ils obtenue sur les anciens, pour tout ce qui concerne les œuvres dé l'art? Aucune. Du premier bond, le génie humain, s'appliquant à la représentation du sublime et du beau, s'est élevé à une telle hauteur, qu'il lui a été depuis impossible de se surpasser. Admettons que l'idée du progrès, devenue fondamentale dans la philosophie et les sciences politiques, les régénère: de quelle utilité peut-elle être pour la peinture et la statuaire? Suffira-t-il de dire aux artistes qu'en vertu du progrès ils doivent, comme les mathématiciens, être toujours plus profonds et plus habiles, pour qu'en effet ils le deviennent?... Que si l'expression, et par conséquent la conception du sublime et du beau faiblit ou demeure stationnaire dans l'humanité, qui osera dire que celle du bien ou du vrai grandisse et se fortifie? La théorie du progrès, après avoir obtenu un triomphe plus ou moins sincère dans les questions antérieures, échoue sur la dernière, la plus séduisante et la plus impitoyable: plus malheureuse qu'Ulysse, elle est dévorée par les Sirènes; elle ne peut rien pour la Beauté!...

Telle est l'objection, que je dissimule d'autant moins

[English translation]

X

I said before that the object of art, like that of worship, is to elevate us to immortal beatitude by the stimulation of its pleasures. Permit me to enter into that subject with some explanations. It is above all from the point of view of art that socialism is accused of barbarity, and progress of falsity: it is necessary to know to what extent that double reproach is merited.

One says to us: What superiority have the moderns achieved over the ancients, in all that concerns works of art? None. From the first leap, human genius, applying itself to the representation of the sublime and the beautiful, has been raised to such a height, that is has been impossible since to surpass it. Let us admit that the idea of progress, becoming fundamental to philosophy and the political sciences, regenerates them: of what use can it be for painting and statuary? Will it be enough to say to the artists that by virtue of progress they must, like the mathematicians, be always more profound and more skillful, in order for them to indeed become so?... What if the expression, and consequently the conception of the sublime weakened or remained stationary in humanity, who would dare to say that the idea of the good or the true grew and strengthened? The theory of progress, after having obtained a more or less genuine triumph in the previous questions, runs aground on the last, the most seductive and pitiless: more unfortunate than Ulysses, it is devoured by the Sirens; it can do nothing for Beauty!...

Such is the objection, that I conceal even less