Philosophie du Progrès/65

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[original French]

qu'à mon propre jugement, l'art, abstraction faite de la période d'apprentissage, est par nature toujours égal à lui-même, dans un niveau inférieur à ses plus grandes sublimités. En quoi donc et comment rentre-t-il dans la théorie du progrès? comment le sert-il? comment lui fournit-il sa dernière preuve? Je vais essayer de le dire.

Ce que la morale révèle à la conscience, sous la forme de préceptes, l'esthétique a pour but de le montrer aux sens sous la forme d'images. La leçon exprimée par le Verbe est impérative dans sa teneur, et se réfère à une loi absolue; la figure présentée aux sens, explicite dans sa signification, positive et réaliste dans son type, se réfère également à un absolu. Ce sont deux modes de notre éducation, à la fois sensible et intellectuelle, qui se touchent dans la conscience, ne différant entre elles que par l'organe ou la faculté qui leur sert de véhicule.

Se perfectionner par la justice ou se faire saint, en observant la loi temporelle, et en la développant dans son entière vérité, tel est le but indiqué à l'homme par la morale; — se perfectionner par l'art, ou si j'ose me servir de cette expression familière, se faire beau, en épurant sans cesse, à l'instar de notre âme, les formes qui nous entourent, tel est l'objet de l'esthétique. L'une nous enseigne la tempérance, le courage, la pudeur, la fraternité, le dévoûment, le travail, la justice; l'autre nous purifie, nous pare, nous environne de splendeur et d'élégance: n'est-ce pas toujours la même fonction, procédant du même principe, et tendant au même but? — C'est partir de bas, direz-vous, que de faire commencer l'art au bain de propreté, à la coupe des ongles et des cheveux! Il n'y a rien de petit et d'ignoble dans tout ce qui touche à l'amélioration de l'humanité. La morale n'a-t-elle pas commencé par la défense de la chair humaine et de l'amour bestial?...

Il s'agit à présent de savoir comment cette théorie de

[English translation]

that in my own judgment, art, setting aside the period of apprenticeship, is by nature always equal to itself, on a level inferior to its greatest sublimities. In what then and how does it fit into the theory of progress? How does it serve it? How does it furnish its last proof? I am going to try to say.

What morals have revealed to consciousness, in the form of precepts, aesthetics aims to show the senses in the form of images. The lesson expressed by the Verbe is imperative in its tenor, and refers to an absolute law; the figure presented to the senses, explicit in its meaning, positive and realistic in its type, refers equally to an absolute. These are two modes of our education, at once sensible and intellectual, which touch in consciousness, differing between them only in the organ or faculty which serves as their vehicle.

To perfect oneself by justice or to make oneself holy, by observing the temporal law, and by developing it in its entire truth, such is the end indicated to man by morals; — to perfect himself by art, or, if I dare to make use of that familiar expression, to make himself beautiful, by purifying unceasingly, following the example of our soul, the forms which surround us, such is the object of the aesthetic. One teaches us temperance, courage, modesty, brotherhood, devotion, labor and justice; the other purifies us, protects us, surround us with splendor and elegance: is it not always the same function, proceeding from the same principle, and tending to the same end? — It is to start low, you say, to make art begin in the bath, with the cutting of the nails and hair! There is nothing small and despicable is all that which relates to the improvement of humanity. Didn't morals commence with the defense of human flesh and bestial love?...

It is a question at present of knowing how that theory of