Philosophie du Progrès/66

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[original French]

l'art a été entendue et pratiquée, et comment il convient dorénavant qu'elle le soit.

Au commencement, l'homme pose loin de lui-même son idéal; il le concrète, le personnifie, en fait un être sublime et beau, dont il se dit l'image, et qu'il nomme Dieu. A ce moment, la religion, la morale, le culte, l'art, le merveilleux, tout est confondu: et l'on peut prédire que tels auront été conçus les dieux, tels seront plus tard les artistes et les poètes. Chez les Grecs, les premières images taillées furent celles des personnes divines; la première poésie chantée, c'est la religion qui l'inspira. Les dieux etaient beaux, d'une beauté achevée; leurs images durent donc être belles, et tous les efforts des sculpteurs tendirent à leur donner une perfection typique, qui, à force de se rapprocher de la Divinité, finit par n'avoir plus rien de l'homme. Le culte et l'art s'identifièrent au point que pendant un temps on ne fit de statues que pour les dieux; c'eût été presque un sacrilége de faire partager à de laids mortels les honneurs réservés aux éternelles beautés. Tout le reste fut traité en conséquence. La poésie fut appelée la langue des dieux; jusqu'au dernier jour, les oracles se rendirent en vers: parler en prose, c'est à dire en langue profane, dans les temples, cela eût été d'une insigne inconvenance.

La théorie de l'art chez les Grecs découla donc tout entière de la religion. Elle s'imposa à leurs successeurs; elle a régné jusqu'à nos jours. L'artiste, d'après cette théorie religieuse, recherchait en tout le plus beau, au risque de sortir de la nature et de manquer à la réalité, Son but, ainsi que l'a exprimé Raphaël, était de faire les chose?, non pas. telles que les produit la nature, mais comme elle devrait et ne sait ni ne peut les produire. Il ne lui suffisait pas de révéler, par son œuvre, la pensée de l'Absolu, il tendait à la reproduire, à la réaliser. C'est

[English translation]

art has been understood and practiced, and how it would be suitable for it to be from now on.

In the beginning, man posited his ideal far from himself; he concrete it, personifies it, and makes a sublime and beautiful being, of which he calls himself the image, and that he names God. At that moment religion, morals, worship, art and the marvelous are all confounded: and one could predict that, the gods having been so conceived, thus later would the artists and poets be. Among the Greeks, the first images carved were those of divine persons; the first poetry sung was inspired by religion. The gods were beautiful, of a finished beauty; their images had to be beautiful, and all the efforts of the sculptors would tend to give them a typical perfection, which, in approaching Divinity, ended having nothing of man in it. Worship and art identified themselves to the point that for a time statues were only made for the gods; it would have been almost a sacrilege to make ugly mortals partake of the honors reserved for eternal beauties. All the rest was dealt with as a consequence. Poetry was called the language of the gods; until their last days the oracles were rendered in verse: to speak in prose, that is in a profane language, in the temples, would have been a great impropriety.

The theory of art among the Greeks resulted entirely then from religion. It imposed itself on their successors; it has reigned until our day. The artist, according to that religious theory, sought in everything the most beautiful, at the risk of leaving nature and missing reality. Its aim, as Raphael expressed it, was to make things, not such as nature produces, but as it should produce them, but does not know how and cannot. It was not enough for him to reveal, by his work, the thought of the Absolute, he tended to reproduce it, to realize it. It is