Philosophie du Progrès/67

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[original French]

ainsi que, l'imagination toujours tendue vers leur idéal, les Grecs arrivèrent, dans l'expression du beau, à un point qu'on n'a jamais égalé, que peut-être on n'égalera plus. Il faudrait, pour égaler et surpasser les Grecs, qu'à leur exemple nous crussions aux dieux, que nous y crussions davantage: or, c'est là qu'est l'impossible.

Le peuple partageait les idées et le sentiment des artistes: c'est ce qui explique comment dans cette société profondément idolâtrique, amoureuse de la forme par principe de religion, tout le monde, en matière de littérature et d'art était compétent. La religion imprimant aux esprits la même direction, aux caractères la même physionomie, le sentiment esthétique se développait à l'unisson, et tandis que parmi nous la littérature, la musique et tous les autres arts sont un objet perpétuel de contradiction, chez les Grecs c'était des choses de goût que l'on disputait le moins. Jamais la démocratie ne se montra plus souveraine, et le jugement populaire plus incorruptible. Les Athéniens n'avaient que faire de consulter sur la beauté des statues et des temples les philosophes de l'Académie, les aristarques du feuilleton; ils s'y connaissaient, pour ainsi dire, de naissance, comme en combats et en festins. Les chefs-d'œuvre de Phidias, ceux de Sophocle et d'Aristophane étaient reçus, sans commission et sans jury, en pleine assemblée du peuple, qui ayant appris à lire dans Homère, parlant sa langue mieux qu'Euripide, n'aurait pas souffert qu'un directeur des beaux-arts, à la nomination d'Aspasie, lui choisît ses déesses et ses courtisanes.

S'ensuit-il que les Grecs et leurs imitateurs aient rempli le but de l'art, au point que, désespérant de les égaler, il ne nous reste qu'à les copier et les traduire, à peine d'une décadence continue et inévitable?

Je suis si loin de le penser, que j'accuse précisément les Grecs, à force de rechercher l'idéal, d'en avoir amoindri

[English translation]

thus that, the imagination the imagination always tending towards their ideal, the Greeks arrived, in the expression of the beautiful, at a point that has never been equalled, that perhaps will never be equaled. It would be necessary, to equal and surpass the Greeks, that following their example we should believe in the gods, that we should believe in them more: and it is that which is impossible.

The people shared the ideas and the sentiment of the artists: it is this which explains how in that profoundly idolatrous society, amorous of the form on religious principle, everyone was competent in matters of literature and art. Religion imprinted the same direction on the minds, and the same physiognomy on the characters; the aesthetic sentiment developed in unison, and while among us literature, music, and all the arts are the perpetual object of contradiction, among the Greeks it was the things of taste that were the least disputed. Never has democracy shown itself more sovereign, and popular judgment more incorruptible. The Athenians had only to consult the philosophers of the Academy, les aristarques du feuilleton, on the beauty of the statues and temples; they knew themselves, so to speak, from birth, comme en combats et en festins. The masterworks of Phidias, those of Sophocles and Aristophanes were received without commission and without jury, in the full assembly of the people, who having learned to read in Homer, speaking the language better than Euripides, would not have allowed a directory of fine arts, à la nomination of Aspasie, to choose for it its goddesses and its courtesans.

Does it follow that the Greeks and their imitators had fulfilled the aim of art, to the point that, despairing of equaling them, there remains for us only to copy and translate them, at the risk of a continued and inevitable decadence?

I am so far from thinking so, that I accuse precisely the Greeks, in the course of seeking the ideal, of having weakened