Philosophie du Progrès/68

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[original French]

l'emploi et méconnu le rôle, et que je fais remonter jusqu'à eux la cause de cette anarchie, antiesthétique qui désole notre civilisation, supérieure sous tant de rapports.

Même dans la production du beau, la tendance à l'Absolu conduit à l'exclusion, à l'uniformité, à l'immobilisme. De là à l'ennui, au dégoût, finalement à la dissolution, la pente est irrésistible.

Les dieux et les héros, les déesses et les nymphes, les pompes sacrées et les scènes de batailles, une fois figurées, rendues avec leurs types célestes et leurs physionomies homériques, tout était fini pour l'artiste grec: il ne pouvait que se répéter. Il avait idéalisé dans ses dieux les âges, les sexes, toutes les conditions de l'humanité: le jeune homme, la vierge, le guerrier, la mère, le prêtre, le chantre, l'athlète, le roi, tout le monde avait son idole, comme on disait au moyen âge, son saint. Que pouvait-on exiger encore! Il n'y avait plus qu'un degré à franchir: c'était que, par un dernier effort d'idéalisation, l'artiste ramenât ces divines effigies à une forme suprême, à peu près comme le philosophe opérait la réduction des attributs divins, faisait de toutes les personnalités immortelles un sujet invisible, insondable, éternel, infini, absolu. Mais un pareil chef-d'œuvre était tout bonnement une chimère: c'eût été tomber dans l'allégorie, dans le néant. Un Dieu infini et unique, l'Absolu, en un mot, ne se représente pas: rien de ce qui est au ciel, sur la terre, ou dans la mer ne saurait le figurer, dit l'Hébreu Moïse. Au point de vue de l'art, l'unité de Dieu est la destruction du beau et de l'idéal: c'est l'athéisme.

Ainsi, la théorie de l'art, telle que la conçurent les Grecs, mène, d'idéalité en idéalité, c'est à dire d'abstraction en abstraction, droit à l'absurde: elle ne s'y dérobe que par l'inconséquence. Combien eût été surpris le philosophe de l'idéal, Platon, si on lui eût démontré, par rai

[English translation]

the use of it and misunderstood its role, and that I trace back to them the cause of that anarchy, that anti-aesthetic which desolates out civilization, superior as it is in so many ways.

Even in the production of the beautiful, the the tendency of the Absolute leads to exclusion, uniformity and stasis. From there to ennui, to disgust, and finally to dissolution, the slope is irresistible.

The god and heroes, goddesses and nymphs, the sacred pomps and scenes of battles, once figured, rendered with their celestial types and their homeric physiognomies, everything was finished for the Greek artist: he could only repeat himself. He had idealized in his god the ages, the sexes, all the conditions of humanity: the young man, the virgin, the mother, the priest, the singer, the athlete, the king; everyone had their idol, or as they said in the Middle Ages, his saint. What more could one ask for! There was only one degree to left to pass over: it was that, by a last effort of idealization, the artist would return those divine effigies to a supreme form, a bit like the philosopher accomplished the reduction of the divine attributes, and made of all the immortal personalities an invisible, unfathomable, eternal, infinite and absolute subject. But a similar masterwork was quite simply a chimera: it would have been to fall into allegory, into nothingness. An infinite and unique God, the Absolute, in short, is not represented: nothing that is in the heavens, on the earth, or in the sea knows how to represent it, said the Hebrew Moses. From the point of view of art, the unity of God is the destruction of the beautiful and the ideal: it is atheism.

Thus, the theory of art, as the Greeks conceived it, led, from ideality to ideality, that is from abstraction to abstraction, straight to the absurd: it could avoid it only by inconsequence. How this would have surprised the philosopher of the ideal, Plato, if it had been demonstrated to him, by