Philosophie du Progrès/70

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[original French]

barbarie, lui donne la vraie liberté, le courage et la dignité.

La philosophie enseigne la logique, la morale, l'histoire: c'est le chemin de la science, le miroir de la vertu, l'antidote de la superstition.

La musique, ou le culte des muses, a pour objet la poésie, l'éloquence, le chant, le jeu des intruments, les arts plastiques, la peinture et l'architecture.

Son but n'est point, comme tu le supposes, ô sage Platon, de chanter des hymnes aux dieux, de leur élever des temples, de leur ériger des statues, de leur faire des sacrifices et des processions. C'est de travailler à la déification des hommes, tantôt par la célébration de leurs vertus et de leurs beautés, tantôt par l'exécration de leurs laideurs et de leurs crimes.

Il faut donc que le statuaire, que le peintre, de même que le chanteur, parcoure un vaste diapason, qu'il montre la beauté tour à tour lumineuse ou assombrie, dans toute l'étendue do l'échelle sociale, depuis l'esclave jusqu'au prince, depuis la plèbe jusqu'au sénat. Vous n'avez su peindre que des dieux : il faut représenter aussi des démons. L'image du vice, comme de la vertu, est aussi bien du domaine de la peinture que de la poésie: suivant la leçon que l'artiste veut donner, toute figure, belle ou laide, peut remplir le but de l'art.

Que le peuple, se reconnaissant à sa misère, apprenne à rougir de sa lâcheté et à détester ses tyrans; que l'aristocratie, exposée dans sa grasse et obscène nudité, reçoive sur chacun de ses muscles la flagellation de son parasitisme, de son insolence et de ses corruptions (1). Que le

(1) Notre public conservateur n'est pas de cet avis. Il ne lui suffit pas qu'on l'appelle honnête et modéré; il veut qu'on le fasse beau et qu'on le croie tel. Un artiste, qui dans la pratique de son atelier sui-

[English translation]

barbarity, gives him true liberty courage and dignity.

Philosophy teaches logic, morals and history: it is the path of science, the mirror of virtue, the antidote of superstition.

Music, or the cult of the muses, has for its object poetry, oratory, song, the playing of instruments, the plastic arts, painting and architecture.

Its end is not, as you suppose, oh wise Plato, to sing hymns to the gods, to raise temples to them, to erect their statues, to make sacrifices and processions. It is to work at the deification of men, sometimes by the celebration of their virtues and beauties, sometimes by the execration of their ugliness and their crimes.

It is necessary then that the sculptor and the painter, like the singer, cover a wide diapason, that they show beauty by turns radiant and shadowed, in the whole extent of the social scale, from the slave to the prince, and from the plebs to the senate. You have only known how to paint the gods: it is necessary to represent the demons as well. The image of vice, like that of virtue, is as much of the domain of painting as poetry: according to the lesson that the artist wants to give, every figure, beautiful or ugly, can carry out the aim of art.

Let the people, recognizing itself in its misery, learn to blush for its cowardice and to detest its tyrants; let the aristocracy, exposed in its oily, obscene nakedness, be lashed on each of its muscles for its parasitism, its insolence and its corruptions (1). Let the

(1) Our conservative public is not of that opinion. It is enough for it to be called honest and moderate; it wants to be made beautiful and to be believed such. An artist, who in their studio practice followed