Philosophie du Progrès/71

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[original French]

magistrat, le militaire, le marchand, le paysan, que toutes les conditions de la société, se voyant tour à tour dans l'idéalisme de leur dignité et de leur bassesse, apprennent, par la gloire et par la honte, à rectifier leurs idées, à corriger leurs mœurs, et à perfectionner leur institution. Et que chaque génération, déposant ainsi sur la toile et le marbre le secret de son génie, arrive à la postérité sans autre blâme ni apologie que les œuvres de ses artistes.

C'est ainsi que l'art doit participer au mouvement de la société, le provoquer et le suivre.

Et c'est pour avoir méconnu cette destination de l'art, pour l'avoir réduit à n'être que l'expression d'une idéalité chimérique, que la Grèce, élevée par la fiction, perdra l'intelligence des choses et le sceptre des idées.

Un temps viendra, ô Platon, où le Grec ayant mis en ses dieux toute beauté, s'en trouvera totalement dépourvu, et en perdra jusqu'au sentiment. Une triste et grossière superstition s'emparant alors des esprits, on verra les descendants de ceux qui jadis adorèrent des divinités si belles, se prosterner devant un dieu chenu et difforme, couvert de haillons, type de misère et d'ignominie (1); on les verra, par amour de cette idole, prendre la beauté en haine ; se faire ignoble et laid par principe de religion. Les pieux, les saints se reconnaîtront à la crasse et à la vermine. Au lieu de la poésie et des arts, inventions de péché, ils pratiqueront le dénûment, se feront une gloire de la mendicité. Gymnases, écoles, bibliothèques, théâtres, aca-

vrait les principes d'esthétique ici formulés, serait traité de séditieux, chassé du concours, privé des commandes de l'Etat, et condamné à mourir de faim.


(1) Les Grecs, convertis au christianisme, représentent l'Homme- Dien vieux, maigre, souffrant et laid, conformément au texte d'Isaïe, ch. 53.

[English translation]

magistrate, the military man, the merchant, the peasant, let all the conditions of society, seeing themselves by turns in the idealism of their dignity and their baseness, learn, by the glory and shame, to rectify their ideas, to correct their mores, and to perfect their institution. And let each generation, registering thus on canvas and in marble the secret of its genius, arrive at posterity with no other with no other blame nor apology than the works of its artists.

This is how art must participate in the movement of society, provoke it and follow it.

And it is for having misunderstood that goal of art, for having reduced it to being only an expression of a chimerical ideal, that Greece, elevated by fiction, would lose the intelligence of things and the scepter of ideas.

A time would come, oh Plato, when the Greeks, having put all beauty in the gods, would find themselves totally without, and forget even the sentiment of it. A sad, course superstition taking hold then of their minds, one would see the descendants of those who had once worshiped such beautiful deities, prostrate themselves before a hoary and deformed god, covered in rage, the type of misery and ignominy (1); one would see them, from love of that idol, hate beauty; make themselves ignoble and ugly by the principle of religion. The pious and holy would be recognized by filth and vermin. Instead of poetry and the arts, inventions of sin, they would practice dénûment, making a glory of begging. Gymnasiums, schools, libraries, theaters, academies,


the principles of aesthetics formulated here, would be treated as seditious, driven from the ranks, deprived of State commissions, and condemned to die of hunger.

(1) The Greeks, converted to Christianity, represent the Man-God as old, thin, suffering and ugly, in conformance with the text of Isaiah, ch. 53.