Philosophie du Progrès/73

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[original French]

Ce que ni la gymnastique, ni la politique, ni la musique, ni la philosophie, réunissant leurs efforts, n'auront su faire, le Travail l'accomplira. Comme dans les âges antiques l'initiation à la beauté arriva par les dieux, ainsi, dans une postérité reculée, la beauté se révélera de nouveau par le travailleur, le véritable ascète, et c'est aux innombrables formes de l'industrie qu'elle demandera son expression changeante, toujours nouvelle et toujours vraie. Alors, enfin, le Logos sera manifesté, et les laborieux humains, plus beaux et plus libres que ne furent jamais les Grecs, sans nobles et sans esclaves, sans magistrats et sans prêtres, ne formeront tous ensemble, sur la terre cultivée, qu'une famille de héros, de savants et d'artistes (1).


(1) II n'y a pour l'art, et il ne peut y avoir réellement que deux époques: l'époque religieuse ou idolâtrie, dont la Grèce fournit la plus haute expression, et l'époque industrielle ou humanitaire, qui semble à peine commencer.

Le siècle d'Auguste ne fut qu'une continuation de celui de Périelès: l'art, passant du service des dieux à celui des conquérants, commença de décliner, non pas quant au fini de l'exécution, mais quant à la conception de la beauté. Quels modèles que les empereurs, les patriciens et leurs femmes! quels types que cette plèbe fainéante et féroce, ces gladiateurs et ces prétoriens!

La renaissance ne fut à son tour, comme son nom l'indique, qu'un pastiche. Il n'y a point, il n'y eut jamais d'art chrétien. L'antiquité ayant été tout à coup exhumée, on quitta les christs décharnés, les madones anguleuses et blênu-s pour les Jupiter, les Apollon et les Venus : les artistes de Jules II et de Léon X n'eurent pas d'autres inspirations. Aussi, ce mouvement d'un art factice, à contre-poil de la tradition, et sans intelligence possible de l'avenir, ne pouvait se soutenir : affaire de luxe et de curiosité. Comme 011 ne croyait plus guère à Jésus et à la Vierge, et qu'aujourd'hui on n'y croit plus du tout, on devait bientôt

[English translation]

What neither gymnastics, nor politics, nor music, nor philosophy, bringing together their efforts, would know how to do Labor will accomplish. As in the ancient ages the initiation to beauty came by way of the gods, so, in a remote posterity, beauty will be revealed anew by the laborer, the true ascetic, and it is from the innumerable forms of industry that it will demand its changing expression, always new and always true. Then, finally, the Logos will be manifested, and the human laborers, more beautiful and more free than ever were the Greeks, without nobles and without slaves, without magistrates and without priests, will form all together, on the cultivated earth, one family of heroes, thinkers and artists (1).


(1) For art, there are, and really only can have been only two eras: the religious or idolatrous epoch, of which the Greeks furnished the highest expression, and the industrial or humanitary epoch, which hardly seems to have begun.

The century of Augustus was only a continuation of that of Pericles: art, passing from the service of the gods to that of the conquerors, began to decline, not with regard to finish or execution, but with regard to the conception of beauty. What models but the emperors, the patricians and their wives! What types but the lazy and ferocious plebs, the gladiators and praetorians!

The Renaissance was in its turn, as the name indicates, only a pastiche. This is not, and their could never be a Christian art. Antiquity having been suddenly exhumed, one gave up the emaciated Christs, the angular and pale Madonnas for the Jupiters, Apollos and Venuses: the artists of Jules II and Léon X had no other inspirations. Also, that movement of an imitative art, a reversal for the tradition, without possible intelligence for the future, could not sustain itself: matter of luxury and curiosity. As one hardly believed anymore in Jesus and the Virgin, and today we no longer believe at all, one soon became