Philosophie du Progrès/76

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[original French]

coupable que la discussion et la liberté! Comme si la vérité, en philosophie et en politique, pouvait être autre chose que la chaîne des aperçus de la raison, et que cette chaîne, alors même que nous parviendrions à l'embrasser par l'esprit, pût se réaliser ailleurs que dans le temps et la série des institutions! Comme si l'œuvre du philosophe et du réformateur, après avoir reconnu la progression des idées, ne consistait pas uniquement à signaler tour à tour les divers moments de la loi, à poser chaque jour un nouveau jalon sur la grande route de l'Humanité!... Pascal, qui se scandalisait si fort de ce qu'un degré du méridien fît varier la formule du droit, et qui eût voulu rendre la raison juridique uniforme des deux côtés des Pyrénées; Pascal, bien plus que Pyrrhon, trop calomnié, était le type de ces absolutistes.

Absolutistes, à plus forte raison, ceux qui, impatients de cette mobilité perpétuelle, veulent arrêter la civilisation dans un système, la logique dans une formule, le droit dans un plébiscite; qui, prenant des conceptions pour des principes, prétendent rattacher exclusivement à ces principes toute l'activité humaine, et, hors de leurs fantaisies passionnelles, hiérarchiques, dualistes, trinitaires et communautaires, n'aperçoivent plus nulle part ni société, ni morale, ni sens commun. Comme si chaque affirmation du philosophe ne soulevait pas une négation équivalente; comme si chaque décret du souverain, abrogeant le décret antérieur, ne posait pas d'avance le décret qui l'abrogerai...

Absolutistes, ces prétendus politiques qui imposent à la société, comme un joug, leurs inflexibles axiomes, et lui ordonnent d'obéir, quoi qu'il en coûte, sans tenir plus de compte de la marche des idées que du retard des populations. Rien de plus ordinaire, en effet, qu'une société qui, au moment même où elle sollicite certaines réformes, est

[English translation]

culpable only discussion and liberty! As if truth, in philosophy and politics, could be anything but the chain of glimpses of the reason, and as if that chain, even if we manage to embrace it with the mind, can realize itself anyway but in time and the series of institutions! As if the work of the philosopher and reformer, after having recognized the progression of ideas, did not consist solely in indicating by turns the various moments of the law, to posit each day a new milepost on the great road of Humanity!... Pascal, who was so greatly scandalized if the formula of right was made to vary even a degree from the meridian, and who wanted to render juridical reason uniform on the two sides of the Pyrenees; Pascal, much more than Pyrrho, who is too calumniated, was the type of these absolutists.

Absolutists, à plus forte raison, those who, impatient with that perpetual mobility, want to settle civilization in a system, logic in a formula, right in a plebiscite; who, taking conceptions for principles, claim to link exclusivement to these principles all human activity, and, outside of their passionnal, hierarchic, dualist, trinitarian and communitarian fantasies, no longer perceive at all society, or morals, or common sense. As if each affirmation of the philosopher did not raise an equivalent negation; as if each decree of the sovereign, repealing the prior decree, did not posit in advance the decree that would repeal it!...

Absolutists, those would-be politicians who impose on society, like a yoke, their inflexible axioms, and order it to obey, whatever the cost, without taking more account of the advance of ideas that on the [retard] of populations. Nothing is more ordinary, indeed, than a society which, at the very moment when it seeks certain reforms, is