Philosophie du Progrès/78

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[original French]

Absolutistes, enfin, ceux qui, tout en affirmant d'une manière générale la loi du Progrès et la nécessité des transitions, ne savent point eu calculer la marche, abusent des mots et des idées pour donner le change aux esprits, et tour à tour endormant l'opinion dans leurs moyens termes intéressés, ou surexcitant la fougue populaire, tantôt se plaignent que le siècle est au dessous de leur génie, tantôt le précipitent au gré de leur impatience, et par l'impuissance de leur direction, le conduisent aux abîmes.

C'est ainsi que la littérature romantique, révolutionnaire quant à la forme, n'a donné en fin de compte qu'un resultat rétrograde. Il pouvait être utile de_iirer de l'oubli la poésie du moyen âge, de rendre une part d'estime à l'architecture des donjons et des cathédrales: mais en reprenant la féodalité pour élément littéraire, les romantiques ont annulé, autant qu'ils l'ont pu, le mouvement philosophique du dix-huitième siècle, et rendu le dix-neuvième inintelligible. Nous leur devons la meilleure part de la réaction qui a accueilli la république.

Ainsi l'éclectisme, si honnête dans ses intentions, si impartial dans sa critique, mais si timide dans ses vues, si jaloux de sa nullité, après avoir donné une vive impulsion aux études, a fini par l'intolérance. Avec sa psychologie empruntée des Écossais, avec son théisme renouvelé de Platon, il s'était fait le cordon sanitaire du statu quo. Le catholicisme lui doit la prolongation de son existence, et le paie en l'éliminant: n'est-ce pas justice?

Ainsi, depuis 1830, alors que la publication des théories de Saint-Simon, Fourier, Owen, la résurrection des idées de Babœuf, posaient avec tant de force la question sociale, la vraie question du siècle, nous avons été distraits, dévoyés, trompés par le faux libéralisme démocratique et doctrinaire. Sous prétexte de fidélité aux traditions

[English translation]

Absolutists, finally, those who, while proclaiming a general law of progress and the need for transitions, were entirely unable to discern its direction, abusing words and ideas in order to change minds, and alternately lulling public opinion to sleep with their self-interested mediations [moyens termes] or whipping up popular ardor, sometimes complaining that the century was below their genius, sometimes pushing it according to their impatience, and by their inability to lead it, driving it over precipices.

Thus, romantic literature, revolutionary in form, ultimately issued in a retrograde result. It could be useful to rescue from oblivion the poetry of the Middle Ages, to render some measure of esteem to the architecture of dungeons and cathedrals, but by reviving feudalism as a literary element, the romantics nullified, so far as they were able, the philosophical movement of the eighteenth century, and rendered the nineteenth century unintelligible. We owe them the better part of the reaction that greeted the Republic.

Thus eclecticism, with such honest intentions, with such an impartial critique, but with such timid views, so jealous in its nullity, after having given a strong impetus to study, ended up in intolerance. With its psychology borrowed from the Scots, with its theism a bit of renovated Plato, it had established a cordon sanitaire around the status quo. Catholicism owes to it the extension of its lease on life, and pays back the debt by eliminating it: is this not justice?<ref>This is interestingly similar to much later anarchist and socialist critiques of what we generally now call relativism. See, for instance, Philippe Coutant's "La 'fascisation soft': une alliance du relativisme et de l'individualisme?" (translated as "'Soft Fascistization': An Alliance Between Relativism and Individualism?"). —Jesse Cohn.</ref>

Thus, since 1830, while the publication of the theories of Saint-Simon, Fourier, Owen, the resurrection of ideas Babœuf so powerfully posed the social question, the real question of the century, we were distracted, led astray, deceived by a false democratic and doctrinaire liberalism. Under the pretext of loyalty to traditions

Notes

<references />