Philosophie du Progrès/90

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Philosophie du Progrès/90/89 Philosophie du Progrès/90/91

[original French]

l'exemple des Grecs, les modernes ont pu remettre en question la certitude du savoir, et comment leur esprit, incomplétement purgé de ses notions théologiques, est retombé dans la critériomanie des anciens.

Tout ce qui existe, ai-je dit dans ma première lettre, est nécessairement en évolution; tout coule, tout change, se modifie, se transforme sans cesse: le mouvement est la condition essentielle, je dirais presque la matière de l'être et de la pensée. Il n'y a rien de fixe, de stable, d'absolu, d'invincible, que la Loi même du mouvement, c'est à dire, les rapports de poids, de nombre, de mesure, suivant lesquels toute existence apparaît et s'effectue. Ici, la philosophie du progrès absorbe celle de Pythagore, lui donne son rang et son caractère.

Ainsi, l'intégralité de l'existence est identique et adéquate à l'intégralité de la série ou évolution. Par exemple, l'intégralité de l'existence animale est dans la période qui comprend depuis la conception jusqu'à la mort: l'être vivant, à un moment quelconque de cette période, n'est qu'une fraction de lui-même. Il suit de là que toute actualité ne représentant jamais qu'un moment de l'évolution, un terme de la série, en un mot une fraction ou approximation de l'existence, ne traduisant qu'incomplétement la loi, est imparfaite, invraie.

La loi en soi est donc certaine, et nous pouvons en avoir une idée exacte par l'observation successive des manifestations partielles qui la révèlent. Mais rien de sensible, rien de présent, de réel, ne saurait la représenter jamais: une telle réalisation, à une heure donnée, est contradictoire. Il n'y a donc pas d'exemplaire possible du mouvement, pas de copie exacte et authentique: l'archétype, comme disait Platon, n'est et ne sera jamais qu'une idée; aucune puissance ne saurait nous en procurer d'étalon.

S'il en est ainsi de l'existence considérée dans sa pléni[tude]

[English translation]

the example of the Greeks, the moderns could put back in question the certainty of knowledge, and how their minds, incompletely purges theological notions, fell again into the criteriomania of the ancients.

All that exists, I said in my first letter, is necessarily in evolution; everything flows, everything changes, modifies, transforms itself unceasingly: movement is the essential condition, I almost said the material, of being and thought. There is nothing fixed, stable, absolute, or invincible, except the very Law of movement, that is the relations of weight, number, and measure, according to which all existence appears and conducts itself. Here, the philosophy of progress absorbs that of Pythagorus, and gives it its rank and character.

Thus, the entirety of the universe is identical and adequate to the entirety of the series or evolution. For example, the entirety of animal existence is in the period included between conception and death: the living being, and whatever moment of that period, is only a fraction of itself. It follows from this that all actuality, always representing only a movement of the evolution, a term in the series, in short a fraction or approximation of existence, conveying only incompetely the law, is imperfect and unreal.

The law in itself is thus definite, and we can have an exact idea of it by the successive observation if the partial manifestations that reveal it. But nothing sensible, nothing present, nothing real can ever know how to represent it: such a realization, at a given hour, is contradictory. There is then no specimen of the movement possible, no exact and authentic: the archetype, Plato said, is and always will be only an idea; no power knows how to obtain a standard.

If it is thus for existence considered in its pleni[tude]