Philosophie du Progrès/92

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Philosophie du Progrès/92/91 Philosophie du Progrès/92/93

[original French]

que nous appelons franc, n'est pas le franc en ce sens que le franc est l'unité fixe des valeurs: ce n'est qu'un produit comme un autre, qui dans son poids de cinq grammes aux neuf dixièmes d'argent et un dixième d'alliage, vaut tantôt plus, tantôt moins que le franc, sans que nous puissions jamais avoir au juste quelle est sa différence d'avec le franc.

Sur quoi donc repose le commerce, puisqu'il est avéré que l'étalon des valeurs manquant, bien que la loi de proportionnalité soit rigoureuse, l'échange n'est jamais égal? C'est ici que la liberté vient au secours de la raison, et supplée à la certitude. Le commerce repose sur une convention dont le principe est que les parties, après avoir cherché inutilement le rapport exact des objets échangés, tombent d'accord de lui donner une expression réputée exacte, pourvu qu'elle ne dépasse pas les limites d'une certaine tolérance. Cette expression conventionnelle est ce qu'on appelle le prix.

Ainsi, dans l'ordre des idées économiques, la vérité est dans la loi, elle n'est pas dans les transactions. Il y a certitude pour la théorie, il n'y a pas de criterium pour la pratique. Il n'y aurait pas même de pratique, et la société serait impossible, si, en l'absence d'un criterium antérieur et supérieur à elle, la liberté humaine ne trouvait moyen d'y suppléer par le contrat.

De l'économie, passons à la morale. La justice, selon le droit romain, consiste à rendre à chacun ce qui lui est dû, suum cuique. Je m'en tiens à cette définition, pour éviter toute dispute.

La loi de justice est absolue: c'est sur elle que repose le droit civil, écrit ou usager, des peuples. Personne ne s'est jamais inscrit en faux contre cette loi: en revanche, le monde retentit de plaintes contre ses applications. Où donc est le criterium? J'ai observé dans ma première

[English translation]

that we call the franc, is not the franc in the sense that the franc is the fixed unity of values: it is only a product like any other, which with its weight of five grams at nine-tenths silver and one-tenth alloy, is worth sometimes more, sometimes less than the franc, without us ever being able to know exactly what is its difference from the franc.

On what then does commerce rest, since it is proven that, lacking a standard of value, although the law of proportionality is rigorous, exchange is never equal? It is here that liberty comes to the rescue of reason, and compensates for certainty. Commerce rests on a convention, the principle of which is that the parties, after having sought fruitlessly the exact relations of the objects exchanged, come to an agreement to give an expression reputed to be exact, provided that it does not exceed the limits of a certain tolerance. That conventional expression is what we call the price.

Thus, in the order of economic ideas, the truth is in the law, it is not in the transactions. There is a certainty for the theory, but there is no criterion for pratice. There would not even have been pratice, and society would be impossible, if, in the absence of a criterion prior and superior to it, human liberty had not found a means to supply it by contract.

From economics, let us pass on to morals. Justice, according to Roman law, consists in rendering to each what is due to them, suum cuique. I hold myself to that definition, in order to avoid all dispute.

The law of justice is absolute: the civil law, written or customary, rests upon it. No one ever opposes this law: on the other hand, the world echoes with complaints against its applications. Where then is the criterion? I observed in my first