Philosophie du Progrès/97

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Philosophie du Progrès/97/96 Philosophie du Progrès/97/98

[original French]

chef de l'État. Toutes ces oppositions peuvent également se justifier par la tradition, par l'Écriture, et par le système général des religions; et il ne serait pas difficile de montrer que la différence des opinions sur l'indépendance ou la subordination du temporel en entraîne une semblable dans le dogme. A qui croire, du Christ parlant pour lui-même, ou de l'Église affirmant sa suprématie? des gallicans qui séparent les deux pouvoirs, ou des russes et anglicans qui les réunissent? Tout cela est également du christianisme, et tout cela est en parfaite contradiction. Que devient le criterium?

La théorie du Progrès peut seule donner une explication raisonnable des variations de la foi chrétienne, mais c'est à la condition de lui faire perdre son caractère d'Absolu. Elle considère le christianisme comme un courant d'opinions, que l'on voit se former dès le temps d'Alexandre par toute la Grèce et l'Orient; qui grossit, et se complique d'une multitude d'affluents, d'Auguste à Théodose; qui se divise ensuite à Photius; qui, sous le nom de catholicisme, semble parvenu à son apogée, de Grégoire VII à Boniface VIII; qui se subdivise de nouveau à Luther; qui enfin, tandis qu'effrayé de la conscience de son propre mouvement il essaie de se fixer à Trente, et se tue comme catholicisme par la négation de son inévitable mobilité, va s'éparpiller et se perdre, comme protestantisme, dans les sables de la démocratie américaine.

Savoir le christianisme, ce n'est pas affirmer tel ou tel système de dogmes plus ou moins harmoniquement combinés et visant à l'immobilisme ; c'est avoir parcouru et visité le fleuve chrétien, d'abord dans ses sources orientales, juives, égyptiennes, grecques, latines, germaniques, slaves; puis dans son cours tumultueux et si souvent divisé, et finalement dans les ramifications innombrables où il perd peu à peu son caractère et disparaît.

[English translation]

head of State. All these oppositions can be equally justified by tradition, by Scripture, and by the general system of religions; and would not be difficult to show that the difference of opinions on the independence or the subordination of the temporal leads to a similar case in dogma. Who to believe, Christ speaking for himself, or the Church affirming its supremacy? Gallicans who separate the two powers, or Russians and Anglicans who reunite them? All that is equally of Christianity, and it is in perfect contradiction. What becomes the criterion?

The theory of Progress alone can give a reasonable explanation of the variations of the Christian faith, but on the condition that it loses its Absolute character. It considers Christianity as a current of opinions, that we see formed in the time of Alexander by all of Greece and the Orient; which grows and become complicated by a multitude tributaries, from Augustus to Theodosius; which divided next at Photius; which, under the name of Catholicism, seemed to reach its apogee, from Gregoire VII to Boniface VIII; which subdivided again with Luther; which finally, while frightened of its own movement, it attempted to fix itself at Trente, it was killed as Catholicism by the negation of it inevitable mobility, went on to scatter and lose itself, as protestantism, in the sables of American democracy.

To know Christianity is not to affirm such and such a system dogma, more or less harmonically combined, and aiming for stasis; it is to have traveled and visited the Christian river, first in its oriental, Jewish, Egyptian, Greek, Latin, Germanic, and Slavic sources; then in its tumultuous and so often divided course, and finally in the innumerable ramifications where it little by little lost its character and disappeared.