Philosophie du Progrès/98

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[original French]

La religion, comme l'État, comme toutes les institutions humaines, se manifeste en une suite de termes essentiellement opposés et contradictoires : c'est par là seulement qu'elle est intelligible. Son vrai criterium, ce sont ses variations. Quand Bossuet accusait l'instabilité du dogme dans les Églises réformées, et revendiquait pour la sienne une constance de foi qui d'ailleurs n'existe pas, il faisait, sans le savoir, l'apologie de ses adversaires, et prononçait la condamnation du catholicisme.

La religion est comme la parole. Rien de plus mobile, de plus varié, de plus fugitif que le verbe humain, et cependant le langage est un dans son essence, et les lois du langage, bien plus que les formules du droit et les définitions de la théologie, sont l'expression même de la raison. Ici, comme partout, l'absolu est une idée pure, tandis que l'accident est la réalité même. Direz-vous que la parole n'est qu'un vain son, la grammaire une folie, la poésie un rêve, parce que la langue universelle n'est et ne peut être qu'une abstraction?...

Toute vérité est dans l'histoire, comme toute existence est dans le mouvement et la série; conséquemment toute formule , philosophique ou législative, n'a et ne peut avoir qu'une valeur de transition. L'oubli de cette maxime est la source féconde de nos aberrations et de nos malheurs.

Cicéron regardait le consentement universel comme le plus haut degré de la certitude morale, et tous nos traités de philosophie le citent encore comme la preuve la plus explicite de l'existence de Dieu. Mais il est clair, par tout ce qui vient d'être dit, que le consentement universel n'a de valeur que si on le prend dans la succession de ses témoignages : hors de là, ce n'est plus que contradiction et mensonge. Considéré à un moment quelconque de ses manifestations, le consentement universel perd son nom; il

[English translation]

Religion, like the State, like all human institutions, manifests itself in a series [suite] of essentially opposed and contradictory terms: it is for this reason alone that it is intelligible. Its true criterion is its variations. When Bossuet pointed to the instability of the dogma in reformed churches, and demanded of his own a constancy of faith which does not exist, he made, without knowing it, an apology for his adversaries, and pronounced the condemnation of catholicism.

Religion is like speech [parole]. Nothing is more mobile, more varied, more elusive than human language [verbe], and yet language is one in its essence, and the laws of language, much more than formulas of the law and the definitions of theology, are the very expression of reason. Here, as everywhere, absolute is a pure idea, while the accident is reality itself. Do you say that speech is only a vain sound, grammar a folly, poetry a dream, because the universal language is and can only be an abstraction?...

All truth is in history, as all existence is in movement and the series; consequently every formula, philosophical or legislative , has and can have only a transitional value. Neglect of that maxim is the fecund source of our aberrations and misfortunes.

Cicero regarded universal consent as the highest degree of moral certainty, and all our treatises of philosophy still cite it as the most explicit proof of the existence of God. But is it clear, by all that has just been said, that universal consent only has value if if one takes it in the succession of its testimonies:outside of that, it is only contradiction and falsehood. Considered at any one moment of its manifestations, universal consent loses its name; it