Philosophie du Progrès/99

From The Libertarian Labyrinth
Jump to: navigation, search
Philosophie du Progrès/99/98 Philosophie du Progrès/99/100

[original French]

devient suffrage universel, la fantaisie du moment érigée en absolu.

Voulez-vous donc que le suffrage universel, qui forme en ce moment la base de notre droit public, acquière toute l'autorité dont il a besoin? Il ne s'agit point de l'abolir: le peuple a goûté de ce fruit défendu ; il faut, pour son absolution ou sa condamnation, qu'il s'en repaisse jusqu'à la fin. Abandonnez vos systèmes de votation électorale, tous plus absurdes les uns que les autres, et qui ne peuvent enfanter que la tyrannie du grand nombre ou son abdication. Faites le suffrage universel à l'image du consentement universel. Considérez cette masse que vous allez interroger comme une représentation de tous les âges de l'Humanité. Il y a des journaliers, des domestiques, des salariés, multitude pauvre et ignorante, que sa misère sollicite sans cesse au crime, et qui vous figure les générations primitives; au dessus de cette multitude, une classe moyenne, composée de laboureurs, d'artisans, de marchands, et dont les mœurs, les opinions, la fortune, expriment assez bien le second degré de civilisation; enfin, une élite, formée de magistrats, de fonctionnaires, de professeurs, d'écrivains, d'artistes, qui marque le degré le plus avancé de l'espèce. Demandez à ces intérêts divers, à ces instincts à demi barbares, à ces habitudes tenaces, à ces aspirations si hautes, leur pensée intime ; classez tous les vœux suivant la progression naturelle des groupes ; puis vous en dégagerez une formule d'ensemble qui, embrassant les termes contraires, exprimant la tendance générale, et n'étant la volonté de personne, sera le contrat social, sera la loi. C'est ainsi qu'a marché la civilisation générale, à l'insu des législateurs et des hommes d'État, sous le couvert des oppositions, des révolutions et des guerres...

Je crois, monsieur, vous avoir suffisamment démontré que le criterium de certitude est une idée antiphilosophique,

[English translation]

becomes universal suffrage, the fantasy of the moment set up as an absolute.

Do you then want universal suffrage, which forms at this moment the basis of our public rights, to acquire all the authority of which it has need? It is not a question of abolishing it: the people have tasted the forbidden fruit; to absolve or condemn it, it must be fully repaired. Abandon your systems of electoral voting, each more absurd than the last, and which only give birth to the tyranny of the majority or its abdication. Make universal suffrage in the image of universal consent. Consider that mass that you are going to question as a representation of all the ages of Humanity. There are day laborers, domestics, wage-earners, the poor and ignorant multitude, called constantly by its poverty to crime, and which represent for you the primitive generations; above that multitude, a middle class, composed of laborers, artisans, and merchants, the mores, opinions and fortunes of which express rather well the second degree of civilization; finally, an elite, formed of magistrates, civil servants, professors, writers, and artists, who mark the most advanced degree of the species. Ask of these diverse interests, these semi-barbaric instincts, these stubborn habits, these so-high aspirations, their intimate thought; classify all these wishes according to the natural progression of groups; then you will find in it a coordinated formula, embracing the contrary terms, expressing the general tendency and expressing the will of no one person, that will be the social contract, that will be the law. This is how the general civilization has advanced, behind the backs of the legislators and the men of state, under the cover of oppositions, revolutions and wars...

I believe, sir, that I have sufficiently demostrated that the criterion of certainty is an anti-philosophical idea