Résumé de l'économie sociale d'après les idées de Colins

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Summary and introduction to the rational socialism of Colins, by Agathon de Potter.

Text

RESUME DE L'ECONOMIE SOCIALE D'APRES LES IDEES DE COLINS

PAR AGATHON DE POTTER

(Extrait de la Revue du Socialisme rationnel, no 355, février 1912.)

DEUXIÈME ÉDITION

PRIX 50 CENTIMES

BRUXELLES

IMPRIMERIE MONNOM

Rue de l'Industrie, 32

1912

[1]

Résumé de l'Economie sociale

d'après les idées de Colins<ref>La première édition de cet excellent Résumé étant épuisée, nous avons jugé nécessaire d'en faire immédiatement une nouvelle afin de satisfaire aux besoins de la propagande, Nos lecteurs pourront, grâce à ce travail d'Agathon De Potter, se faire une idée générale de la théorie économique qu'il développe avec ampleur dans son Économie Sociale également en cours de publication sous les auspices de la Revue. N. D. L. R.</ref>.


J'ai, il y a de cela longtemps, rédigé un résumé fort succinct de la science sociale découverte par Colins. Il a été publié dans la Revue trimestrielle (de Bruxelles) en 1861.

On m'a persuadé qu'il serait très utile de présenter, en raccourci, tout ce qui se rapporte plus spécialement à la partie économique du socialisme rationnel. C'est ce que je me propose,de faire dans les lignes qui vont suivre.

Je vais parler successivement de la personnalité de Colins, de ses idées sur l'économie sociale, idées que j'exposerai dogmatiquement; je décrirai ensuite l'organisation de la propriété telle qu'elle existera dans la société futilre, puis je ferai voir le fonctionnement des institution,s relatives à cette organisation; je terminerai enfin en formulant et en rétorquant les objections que l'on a présentées contre la nouvelle théorie sociale.

I

Ce que je puis dire de Colins se réduit à bien peu de choses.

J'extrais les détails qui suivent, d'une notice qu'a publiée [2] dans un journal suisse un de ses disciples dévoués, M. Hugentobler, auquel on doit la pu blication d'une grande partie des manuscrits du socialiste belge (1). Je n'en rapporterai que les points les plus intéressants, ceux qui se rattachent aux études de Colins.

Jean-Guillaume-César-Alexandre-Hippolyte baron de Colins, né à Bruxelles le 24 décembre 1783, était fils du chevalier Colins de Ham, chambellan de l'Empereur à Bruxelles. Il fut élevé exclusivement par sa mère jusqu'à l'âge de sept ans et demi.

A cet âge son père, en raison des circonstances politiques, le plaça chez un vieil ami, ancien jésuite, honnête homme, vicaire de Dison.

A 18 ans, il fut nommé pour aller représenter à l'fle de Saint-Domingue le plus riche habitant de la colonie. Arrivé à Paris,il y apprit la perte de Saint-Domingue. La descente en Angleterre allait avoir lieu. Il s'enrôla volontaire comme simple hussard au 8e régiment. Envoyé à Lille pour apprendre son métier, il y suivit les cours de mathématiques et y remporta le 1er prix de géométrie. Il conquit tous ses grades sur le champ de bataille. En 1810, il fut envoyé par son régiment à l'École impériale d'Alfort pour étudier. l'hippiatrique. Il fut autorisé à y suivre les cours d'agriculture et d'économie rurale. En 1811, il y remporta le 1er prix. En 1812, il fut mis hors concours comme trop fort. En 1813, la Société impériale d'agriculture lui décernait une médaille d'or pendant qu'il était sur le champ de bataille de Leipzig. En 1814, elle le recevait dans son sein. Pendant son séjour à Alfort, il étudiait la médecine et suivait les cours à Paris. (i) H Je déclare que c'est à mon ami Adolphe Hugentobler que j'IIi dédié mon .. ouvrage intitulé: Science sociale, quand j'ai dit ~ A LUI; PAR LUI; POUlI. TOUS... (Extrait d~ testament de Colins.) D'APRÈS U:S IDÉES DE COLINS 3 En 1818, il fut reçu membre de l'Académie des sciences naturelles de Philadelphie. En 1819, il passa aux Antilles espagnoles pour y défricher des terres. Il arriva à la Havane, muni pour le capitaine général de l'île de recommandations donnéas par les ambassadeurs de France et des Pays-Bas, certifiant qu'il avait suivi une ligne politique différente de la leur, mais qu'il était homme d'honneur, méritant l'estime des honnêtes gens de tous les partis. Reçu docteur à la Havane, il fut nommQ Fiscal du tribunal de médecine, sur un district de 300 lieues carrées. Les plus beaux jours de ma vie, disait-il, se sont passés à la Havane, car je me suis seulement occupé de la médecine des pauvres. En 1830, voyant flotter le drapeau tri~olore dans le. port de la Havane, il partit pour la France. C'est vers 1833 qu'il se consacra exclusivement à l'étude des sciences et à leur coordination, dans le but d'arriver à la connaissance de la règle des actions tant individuelles que sociales. Il écrivit alors et fit imprimer à Paris, à seS frais, le Pacte social (1). De 1834 à 1844, il suivit tous les cours de cinq facultés, du Jardin des plantes, etc. Il voulait refaire son instruction, interrompue par ses campagnes et ses voyages. (1) Il est intéressant de faire remarquer que c'est dans cet ouvrage, publié en 1835, que surgit pour la première fois l'idée de la colleclivité du sol. Voici le pas· sage auquel je fais allusion: • P"oblème Social, • Quelle est l'or~anisation de la propriélé qui puisse en même temps rendre, .. dès à présent, l'humanité aussi heureuse que possible, relativement.à son état • d'instruction et de richesse, et la porter par la voie la plus courte à jouir de tout .. le bonheur dont elle est susceptible ~ " Et Colins répond par la série des mesures suivantes: li' 10..... ; 20 ..... ; 30...•; .. 40 L:. propriété immobilière appartient à lous .. L'épigraphe de cet ouvrage: Observer et r~fléehir ; Dieu et libe,'té, mon-tre c1ai· rement que ~i l'auteur avait découvert à ceue époque la solulion du problàme de l'o"ganisation de la propriété, il ne possèlait pas encore la pleine connaissance de la vérité morale. 4 RÉSUMÉ DE L'ÉCONOMIE SOCIALE Religieux par éducation, il vit que la science actuelle est essentiellement irréligieuse, mat~rialiste. Le matérialisme ne pouvant être base d'ordre, il entreprit de prouver que la science actuelle est une fausse science, et il y réussit. Il parvint ainsi à la connaissance de la religion réelle, scientifique, la seule qui soit· possible en présence de l'examen, devenu désormais incompressible. Travailler à l'exposition de la religion scientifique et de toutes ses conséquences relatives à l'organisation sociale dévint, dès lors, la tâche de sa vie entière, En 1848, la République le condamna à la transportation. En 1851, il 6t paraitre le premier volume de Qu'est-ce que la science sociale? en 1853, le deuxième volume, ct en 1854, les troisième et quatrième volumes, Lorsqu'il était en prison, en 1848, il fit partie de la rédaction du journal la Révolution démocmtique et sociale. Il a été auSsi rédacteur d~ la T1'ibune des peuples, et a écrit quelques articles dans la Presse. De 1856 à 1858, ont été publiés les ouvrages ~uivants de Colins: L'économie politique, SOU1'ce des 1'évolutions. et des utopies p"étendues socialistes. tomes l, II et III. Il reste encore à imprimer la matière de deux ou trois volumes (1); Qu'est-ce que la libe"té de conscience? lettre à M, Jules Simon; Lettre à M. P.-J. Proudhon sur son ouvrage: de la Justice dans la ,'évolution; La Société nouvelle, Ba néce88ité; La. Souveraineté; La Science sociale, dont il a paru seulement cinq volumes (2). (1) On sait que ces trois derniers volumes soni publiés depuis une virig~aine d'anntl.. N. D. L. R. (2) Dee 20 volumes de la Science lIociak il ne reste plus à publier que les "olum. 8, 9, iO ei. 20 doni nous donnons depuis quelque temps de nombreux u~~ ~a~a Colins ~st mort le 12 novembre 1859. Il travaillait encore la veille à un grand ouvrage, qui est malheureuse·" ment inachevé et qui a été publié, en 1861, sous le titre de 'la Justice dans la science, hors l'eglise et hors la ',révolution. Il a laissé beaucoup de manuscrits dont quelques-uns ont été publiés dan s la Philosophie de l'A venir. J'ajouterai à ce qui précède quelques mots que je copie dans une notice inédite rédigée par mon père et placée par lui à la suite de la volumineuse collection de lettres qu'il reçut de Colins, lorsqu'il quitta définitivement Paris et la France pour s'établir à Bruxelles. " J'avais fait la connaissance de M. de Colins à Paris, " par M. Sari, le frère du beau-frère de M. de Colin'~, et ~ que j'avais souvent vu à Rome chez l'ex-roi Louis. " Il me frappa, dès le premier abord, par ses paradoxes, " et il m'attira vers lui par la vivacité qu'il mettait à les " soutenir. De mon côté, je ne me fis jamais faute de Jes " . réfuter. L'originalité de M. de Colins m'avait rendu atteu": " tif à ses paroles: la rigueur et la solidité de ses raisou" nements achevèrent bientôt de me captiver. Nous lut" tiolis toujours avec ardeur, mais je perdais constamment " du terrain. Je combattais en ne cédant que pouce à pouce. " Mais je sentais bien que je faiblissais chaque jour ; et plus " je tâchais de reprendre mes avantages, plus j'en laissais " prendre sur moi. " Dans son ouvrage intitulé ta Réalité, mon père expose de la façon suivante le résultat final de ces discussions incessantes. " Pendant plus de dix ans, j'ai lutté contre la doctrine " nouvelle dont maintenant je me fais le propagateur. Mes " opinions préconçues, mes préjugés, l'éducation de ma " jeune8se, l'enseignement qui l'avait suivie, et peut-étrA, à " mon insu, la vanité et la paresse, repo~ssaient cette doc" trine de toute la puissance d'une habitude enracinée. Je. 6 RÉSUMÉ DE L'ÉCONOMlH SOÇIALE " n'ai cédé finalement que lorsque la contrainte morale est .. devenue irrésistible. " Maintenant que j'ai dit le peu que je sais de la p.3rsonnalité du socialiste belge, je vais exposer dogmatiquement ses principales idées en économie sociale. II Le principe le plus important, celui même en l'absence duquel il est impossible. d'établir n'impol'te quoi en fait d'organisation de la propriété, c'est la distinction absolue entre l'homme et les choses. Colins rapporte à cet égard, dans sa Science sociale, des citations curieuses d'Aristote. En voici une : " Ce n'est pas seulement pour vivre ensemble, c'est plu" tôt pour bien vivre qu'on s'est mis en société, etc... Sans " quoi, la société comprendrait les esclaves et AUTRl!:S ANI" MAUX. De tels êtres ne prennent aucune part au bonheur " public, ni ne vivent à leur volonté. " Un Aristote du XIX8 siècle dirait, s'il était franc (1) : C'est pour bien vivre qu'on s'est mis en société. Sans quoi, la société comprendrait les p,'olétaires et AUTRES ANIMAUX. De tels êtres ne prennent aucune part au bonheur public, ni ne vivent à leur volonté. En dehors d'une distinction absolue entre l'humanité et les choses, il est logiquement impossible de soutenir qu'on (1) Le XIX. siècle est franc, parfois. Voici en preuve une cilatioll de l'Ami du Peuple (de Liége) du 14 juin 1874. . .. On peut lire dans le tarif du péage au pont Maghin, ceci: .. Abonnement: .. Un an, par personne . . . • . . . fr. 3. par ouvrier . . . . . .• , ,,1 . .. Le mot personne remplace ici le moL homme; le moL ouvrier remplace le mot animal, ou la aholle. " Pour le rédacteur du tarif en l(ueslion, le prolétaire n'est pas une personne, un homme; il ne fait pas partie de la société proprement dite eL le rédacteur l'affirme carrément.

D'APRÈS LBS IDÉÉSDB COLINS 7

a le droit de s'appropriel'tel être et non tel autre. Dès lors, Aristote n'avait aucune raison de ne pas placer sur la même ligne et les esclaves et les bêtes. Et aujourd'hui 'même"que cette distinction absolub n'est pas encore admise sociale;' ment, il n'existe at,lcun moyen de soutenir, avec quelque a.pparence de logique, que l'esclavage et l'exploitation du travail de certains hommes ne sont pas légitimes.' • * • Un /;lutre point sur lequel Colins a toujours insisté, c'est la nécessité de ne pas confondre le sol avec le qapital ou la propriété m9bilière. Et dans quel buU Le, voici. Sous peine de tomber drns le communisme absolu, c'est~- dire dans l'absurde, il n'est pas permis de soutenir que tout ce qui estappropriable doit être approprié au profit de la société. Il faut que au moins une partie de la matière ~oit répartie entre les individus, sous le nom de propriété individuelle, pour constitller la réot'mpense du travail ou le salaire, et servir ainsi d'excitation à l'activité de chacun. D'un autre côté, la plupart des socialistes et certains éconofDistes commencept à reconnattre que l'appropriaûon de toute la matière par quelques-uns rend les autres esola,·es, et produit un paupérisme qui va croitJsant en faison directe de l'augmentation de la rich~sse générale. On a conclu avec raison de cette situation économique qu'il devenait nécessaire de constituer une propriété collective. Mais, en dehors de toute ~ubdivision dans l'idée géné· ral$ de ce qui est appropriable, impossible de dire d'une façon, précise : telle chose doit former la propriété collective et telle autre peut être appropriée individuellement; et on arrive ainsi fatalement, soit àpropo~er comme solution au mal !iJ0aial, le communisme absolu, soit à avouer qu'il n'existe pas ,de remède. . , Avec .l~ dil$tinction de la,propriétt5 en fonciè~e e~ tH~ m,obi.. 8 MSUM:é DE L'jCONOIUE SOOIALE lièrè, il en est tout autrement. Voyons d'abord sur quoi se base cette distinction. La planète que nous habitoris préexiste à l'humanité qui la peuple. Elle n'est pas, primitivement, l~ résultat du travail. Mais, du moment que l'homme s'y est développé, il s'en estamparépour en utiliser les diverses parties, ~t, sous ce rapport., le sol est devenu un produit du travail, le travail de la prise de possession, de l'appropriation. A partir de cette époque les résultats du travail sur la phmète se présentent sous deux formes différentes, selon que ce résultat reste adhérent au sol, attaché au sol, incorporé au sol, consistant uniquement dans sa modification ou son amélioration, ou bien qu'il en est détaché, rendu mobile, pouvant être transporté au loin. C'est lAce qui différencie la matière foncière de la matière mobilière ou du capitaL ,Il découle de ce qui précède deux conséquences dont la seéonde est directement applicable à l'organisation future de la propriété : , 10 La matière mobilière provient exclusivement du travail sur le sol; le sol seul jouit de la qualité d'être indispensable au travail ; 20 Des deux espèces de matière,' l'une foncière, .l'autre mobilière, la première seule doit être appropriée entièrement au profit de tous.·

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Une autre distinction essentielle est celle qui doit se faire enire le salaire et le éapital. Le salaire et le capital ont cela de commun que tous deux sont déS 'produits du travail; mais ils diffèrent lorsque l'on con~idère leur destination. Le salaire est' emplQyé à la eonservation et au dffVeloppeniènJ de la .vie tant intellectuelle que physique. Tout ce qui· dépasse cette quantité nécessaire, ~ut ce' qui est mis de cMé,' épargné, pour être transformé en un nouveaû produit, D'APRÈS LES lD~ES DE COLINS 9 constitue le capital. Le capital, à ce point de vue, a été parfaitement nommé par Colins du salaire accumulé ou passé, c'est-A-dire ayant plus que sutH ~ .l'actualité. Le salaire actfl8l, alol:'s, est le salaire _proprement dit, servant à la conservation et au développement du travailleur.: ,Le salaire est relatif à la consOJnmation, à la jouissance, au travail, à l:humanité. Le capital et son loyer, l'intérêt, sont relatifs Ala production, Ala richesse, A, la propriété. La distinction entre le salaire et le capital importe sur· .tout quand il s'agit de l'impôt. .. * .. Colins a d~montré bien souvent que l'appropriation individuelle du sol est. la source d'un paupé~isme croissant parallèlement au développement de la richesse générale; ce n'e!!t pas ici le lieu de rappeler ces démonstrations puisque mon but se borne à exposer dogmatiquement ses idées. Je veux seulement faire voir Jes conséquences de l'appropriationsoit indh'iduelle, soit collective, du sol, relativement à ]'état de liberté ou d'esclavage du travail. Examinons. d'abord la valeur de c~dernièresexpressions. Le travail est qualifié de libre, quand le travailleur n'a nul besoin del'autorisation d'autI'uipour agir. Dans le cas contJ::aire, il est esclave. Et comme le t.rllvaile~, le capital ou l~ ricbesse sont toujours en ét.at d'hostilité, comJDe l'a fort bien ,soute.r;lU 1)upont~W.hitef il y a domination dq: travail sur la richesse, quand le travail es~ libre; domination d~ la richesse, ex.. ploitation du travail par la richesse, quand,ile&t,esclay~. Voyons, maintenant, s'il y a ,plulilieurs e8pèce~d.'e~cla.,. vages Q~ d~ 'manières d'~xploi~rle travail,en tJ9Us) U(~intenant -tooj:t),urs '. qans le @'lllai1'1e'6tclusiv'ément < lieoot)" mique. RtSUM~ DE L'écONOMIE 'SOCIALE '~ La liberté du tràvail consiste, ai-je dit, dans le fait de ,pouvoir exercer son activité sans dépendre, à· cet égard, d'une volonté étrangère. Or, puisque l'homme ne crée rien, il lui faut, pour travailler, une matière a modifier, à changer de forme ; ,c'est évident. La condition indispensable à la liberté du travail est donc la possession d'une partie dé matière. En l'absence de cette condition, le travailleur ne peut agir que si un propriétaire consent à lui en prêter, ce qui cOnstitue bien la subordination dutravailà larichesse, ou l'esclavagedutl'avaiL Maintenant, cette partie de matière indispensable peut être, soit la propriété individuelle de celui qui la transforme, soit sa part dans la propriété sociale ou collective. Dans le premier cas, le travail est libre domestiquement; dans<le secono, il est soeialement libre. . Remarquons à présent ~ue, lorsque le sol tout entier eJ une certaine quantité de capitaux constituent la propriété collective, le travail n'est plus exploité, ni socialement; ni domestiquement; tandis qu'avec l'appropriation individuelle du sol et de la majorité des capitaux le travail est toujours exploité socialement, et qu'il est seulement libre, domestiquement, chez l'infime minorité qui possède individuellement de la matière. Outre ces deux modes d'esclavage du travail, îlen existe deux autres sur lesquels il importe d'attirer l'attention. L'exploitation du travail peut encore être. en effet, ptr80nneUe ou héréditaire, suivant qu'elle atteint tel individu sans continuer son action au-delà, 00 que, persistant après la mort du travailleur, elle aft'ecte sa famille.'" L'exploitation du travail est eneore personnelle ou héréditaire, selon qu'elle profite .aucapitaliste s6.ul, ou, après la mort de celui-ci, à sa succession.. Et comment, 'se constitue l'exploitation héréditaire du travail l Dé lâ manière· la plus simple: pu, la. perpétuité de l'intérêt. . D'ÂPRBSLJIS IDjgS l)E OOLINS. Il Avec la perpétuité des int6réts, la dette ,est .h6r~di~aire relativement au prét~ur, puisqu'eUe reste due à $eS héritiers, et relativement ,à, I:emprunteur, puisqu'elle, ~o~tinlle .à rester due par les héritiers de celui-ci. D~. làrésul~ l'espèce particulière d'exploitation .dl. tr~vail qualifiée d'héréditaire. Cette perpétuité met dans l'obligation: de . payer les intérêts q'un capital,. ceux qui ne ,l'ont. pas ~Jll~ prunté ..et les force, par conséqu.ent, de travailler po~racquitter leur dette avant de travailler. au maintien.de leur. existence; ce qui est, certes, une aggravation d'~sc1ava~e. Avec l'intérêt,viager, la dette devient personnelle r.e~atjvemen~ au p~êteur, puisqu'elle s'éteint a~ec lui,~i rel;!tivement à l'emprunteur, puisque les h6ritiers de celui".ci ne.pay~nt que s'îlest resté quelque chose .~ l'actif de la succession. L'exploitation du travail ne peut donc pl~sêtre guère que personnelle. : '. ~ , '1 III L'organisation de .la propriété aurapqur but, dans la. société future, d'établir et de mai!1tenirla liberté du travail et ~n ,oeême temps de pousser sa domination sur la richesse ~u plus haut point possible, ce qui se traduira, en pratique, par l'élévation du salaire au maximum des circonstances. Cette organisation particulière atteindra le.but cherc~é au moyen d'un ensemble de mesures au sujet desquelles je vais faire quelques remarques, . 'i' Collectivité du 8()l. - On ~'imagine ~arfoisque l'abolition de la propriété individuelle foncière. ou la pereeptiQn de la rente ,par l'État, suffirait à étahUr l~ collectivité réelle du .sol ; c'est ~ne grave. erreur, Cette abolitiun pure et simple n'aboutirait qu'à constituer une propriété "coll~ctive " .. -. . ...- -' , '-. ;". - ~ . 12 RésUMé DB L'écoNOMIE SocIALE restreinte, en faveUl' dès riches seuls. La collectivité du sol, pour. être réelle, c'est-à-dire pour profiter à tous sans exception aucune, exige un ensemble de conditions que je vais exposer. L'appropriation collective réelle du sol n'existe que s'il est mis' également à la disposition de tous, et· si en tuême temps la rente est dépensée en faveur de tous. Comment ces conditions doivent-elles être observées '1 Commençons par le premier point. . Il faut: ." " }O Que la société se charge dé développer, avec !tn é'gal soin, l'intelligence de tous les enfants,' autant qùe l~aptitudes aecb~cunle rebdènt possible; ,.' . 2° Qu'elle loue les' fractions du sol bec; .teinobilier indi~pensableà leur bo~ne èxploitation;' ' 3° Qu'elle donne à chaque travailleur,lors dé sOl1entrée dans la société des majeurs, une dot sociale; 4° Qu'elle prête un capital à ceux qui auraient perdu leur dot; 5° Enfin, qùe les baux soient pers'onnélsCet que les souslocations: 80ient interdites. En dehors de l'observation' de ces différents points, le sol serait mis à la disposition des riches exclusivement, Eux seuls 'seraient' nécessairement acceptés comme locatairesdu sol, car ils seraient en état d'offrir une rente plus avantàgeuse à la société. . Il faut, en effet, de l'argent et des connaissances pour être capable d'exploiter la matière avec fruit. Or, tant que l'instruction des jeunes générations reste à la charge des familles, les seuls riches peuvent avoir l'intellig~ nce développée. De plus, une propriété, foncière-dénuée d~ 'capital indispensables sa mise en valeur ne peut être louée que par celùi qui possède; déjà un certain degré de richesse. Enfln, en l'absence 'de baux exclusivement pel's~ nneI8, les plusriëhes de~iendraierit adjudïtataires du~sol D'APRÈS LBS lDéÉS DE OOLINS 13 Voyons maintenant de quelle façon là rente do~rêtre' dépensée pour que l'on puisse légitimement soutènir qOè' c'est au profit de tous sansexce.ption, . 10 Là société doit prendre' à sa charge l'éducation' et l'instruction' intégrales' des enfants , jusqu;à' ·lèull majorité; 2° Elle· doit avander. à chacun ù'eux, 10ro8' de son eritré"e dausla sooiété. deS majeurs. unedot'sociale~) 30 Elle doit prêter un capital à ceux qui, ayant'perdu le leur, eil auraient bèsoin p()Ur~travailler; ,: ; , 40 Enfin eUe doit veiller. à rentretien déceùx qui, 'vieux' ou malades~ !:Jont inéapables de travailler~. .VhoPime dont l'intelligence est restée inculte; parce que ses parents n'avàiént pas lelJ moyens pécuniaires de lui faire donner de l'instruction, est en droit, ene1fet, desoùtenir que la société n'a paIJ utilisé là rente à son profit. N'en est-il pas de même à l'égard de celui qui, devenu majeur, se trouve jeté, sans auéun moyan .d'existence,'au milieu de la société, ou de tel autre qui, ayant perdu ce qu'il possédait, se voit privé de tout moyen de travailler~ Et le malheureux qui n'est pas en état de 8ubvenirà ses besoi!1s par sorr travail, est également autorisé à dire, si la société'ne lui vient pas en aide, qu'elle n'a pas !ltilisé la rente à son profit. Avec la collectivité réelle du sol, comprise ainsi que je viens de l'exposer, il n'existe plus ni exploitationdomestique, ni exploitation socieJe du travail. .*. . Sociali8ation de, capitatUL '- On a déjà vu, par ce qui précède, que la société doit être également propriétaire RéSUKt DB L'4cONOIlIE SOOIa\.LE d'un~ certaine quantité dê oapitaux. Elle loue du sol à ceux qui désirent exeroer leur activité sur 19.' matière foncière ; elle doit pouvoir aussi prêter un capital à ceux qui .préfèrent travailler sur la matière mobjlî~re. Cette appropriation oolleotive de oapitaux a une première oonséquence, cellé de rendre toute exploitation domestique du travail impossible. Elle a un autre résultat encore : par la ooncurrenoe que la soCiété fait, en prêtant des capitaux, auxoapitàlistes individuels elle abaisse l'int~rêt au niveau auquel i1:oonvient de le maintenir, de façon que la domination du travail en est renforcée d'autant,' et que le salaire s'élève pr{)por.. tionnellement. Tou8 les capitaux ne peuvent pas êtrè appropriés socialement, à peiJlEt de tomber;l dans l'absurde ducommunisnie absolu. Mais les c.apitaux lais8~s. paI' les g~nératiori8 passées peuvent tomber dansJe domaine puhlic, sauf la partie qui doit rester entre les mains des individus pour -servir d'excitation au travail. - • * • Non-perpétuitétJ8 l'intérêt. - T?ut intérêt perpétuel est proscrit et le remboursement des dettes se fait par annuités, durant la vie du.pr~teur. De cette façon, toute exploitation héréditaire du travail est rendue impossible. .- *. Dot.lociale. - C'estenoore la socialisation d'une oertaine quantité de riohesse _mobilière qui permet à la sociét4 d'avancer à chaoun, lors de sa majorité, une dot qui le met à même de se soustraire, dè$ le début, à toute exploitation domestique dutravail. ,< ' .-*. 15 Association de travailleurs. - Les associations lie travailleurs sont autorisées; celles des capitalistes sont défendues. - Parees deux me.sures, l'intensité de la domination du travail sur la richesse est augmentée d'autant• .'. ,COfl,CU)'1'enCe sociale au comme1'ce. - En établiss~nt des bazars où le travailleur dépose ses produits en fixantle. prix auq. u,e..l'.,il veut, les vendre, et où, le consomma.teurpeut se " .. ,. \ les procurer, et en prélevant pour ce service, sur le prix de vente. les seuls frais d'admini~tration, la sociétéJait cOl)curr. ence aux iriter~édiaires d~~t l'effet se,- réduit à renchérir les produits, " '.~ . ~.. Or tout ce qui tend à diminuer le prix des choses, quand le travail. est libre en augmente la, consommation etpàr ricochet la production" La mesure en question ~ura donc pO\lr résultat l'~ccroissement de_la demande du travail et par conséquent ,une domination plus grande de celui-ci Sl,lr la richesse, une tendancéplus forte du salaire à s'élever, . ,..' • • Liberté de tesf6r. - L'excitation au travail résulte, non seulement de la certitude que tout le produit appartientâ celui qui en 'est l'auteur, mais aussi de la faculté que celui-ci ade pouvoir en disposer à son gré. A cet égard, l'organisation future de l'hérédité complète l'ensemblo des mesures dont j'ai parlé précédemment, Chacun peut donc disposer, par testament, ide ce qu'il possède, en faveur de qui il v'eut,Toute succession ab intestat tombe dans le domaine social, mais seulement en cas d'absence de ligne directe. Et toute succession tèstamÉmtaire est frappée d'un impôt. 16 RÉSUMé DE L'éooNOMIB SOCIALE IV Je viens d'exposer la façon dont la propriété sera organisée dans la. société future. VOYQns maintenant ce lDéca~ nisme en action. Tout être humain est membre du propriétaire cl)l1ectif de la presque totalité do la matière. Il a droit, de par sa qualité d'homme, à la jouissance de la propriété sociale, et à la protection sociale, et cela, abstraction faite de toute considération de richesse ou de naissance. Il a aussi le "dèvoir · de protéger l'organisàtion sociale. P~ur bien faire vok les rapports qui existeront à cette époque entre la société et chaque individu, 8~pposons l'âr~ rivée, sur notfe globe, d'un enfant tombé par hypothèse" du ciel. ' . . ,. La soCiété acfueUe ne pourrliit agir' autremen~ que de mettre cet enfant, sans propriété et sans famille, . aux Enfants-Trouvés. Puis elle lui ferait donner une éducation basée SUI' une révélation religieuse à laquelle elle·même ne ne croit pas, suivie du minimum possible d'instraction. Voici maintenant ce qui se passerait nécessairement dans l'organisation sociale de l'avenir. La société s'empare de cet enfant. Elle l'élève, et lui donne l'éducation et l'instruction complètes. c'est·à·dire qu'eUe développe son intelligence autant que ses aptitudes particulières le permettant. Outre lEls soinsqu'e1le consacre à son développement organique, elle lui enseigne la ma.. nière dont il doit tirer parti de la matière, et comment il faut qu'il se conduise envers ses frères en humanité. Qui pourrait atlirmer que cet enfant n'a pas joui. alitant qu'il était en lui, des dépenses"sociales' Et, de l'autre ëÔté. oserait~on soutenir qu'il ,a profité de sa part dans le reTen.u social, si la société ne s'était .pas comportée envers lui comme je viens de le dire ~ n'APRÈs LES IDÉ8S DB COLINS

  • . ".

17 Arrivé à sa majorité, cet être humain, s'il a eu la chance de sortir vivant des Enfants-Trouvés et d'échapper aux trop nomùreusescausesde mort qui déciment lesenfllnts pauvres, se trouve jeté au milieu de -la génération majeuTe et abandonné sans ressources, ou avec des ressources matérielles et intellectuelles dérisoires, à ses propresf<>reeB. --n en' sera autrement dans la société future. L'adulte qui, àsa sortie' de~ établissements d'instruction, sera resté pendant quelque -temps au service-de la société pour Jaire ube sorte de stage social ou d~apprentissage de la vie, recevra une dot .qui 1& mettra en mesure de se 'soustraire, dès l'abord, à toute exploitation .domestique dll travail. Nouvelle manière dont tout être humain profitera, pour sa part, des dépenses sociale~.

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Une' fois entré .dans la ;vie active, doux' voies se présentent' au travailleur: il peut rester isolé,ou bien ils'associe avec d'autres travailleurs pour produire en commun, Dans la société actuelle, dont l'organisation tout entière f~vorise la richesse et ses détenteurs, le travailleur iselé est exploité domestiquement et socialement et les. associations de travailleurs, loind'étre protégées, sont rendueti,· autant que possible, impuissantes. Toute la sollicitude de fa société e8tr~servée pour les associations de capitaux, ce qui est, du reste, logique de la part d'une société bourgeoise. - Dans la société de l'avenir, au contraire, le travailleur isolé ne sera exploité ni domestiquement, ni socialement et les associations de travailleurs' seront seules permises et pt'otégées. ,A cet eft'et, -leur fonds primitif. de roulem-ent ne pourra jamais être augmenté au moyen des bénéfices' RÉ!UMÉ DB L'écONOMIE SOOIALB faits par l'association, et ceux-ci se partageront entre ses membres proportionnellement, non à la mise, mais au salaire de chacun. Enfin, il peut encore arriver que, au lieu de s'associer à d'autres, ou de travailler isolément pour lui-même, tel individu préfère agir sous une direction étrangère. Eh bien, dans ce cas encore il ne sera pas exploité et son salaire SB- trouvera élevé au maximum des circonstances. Il va de soi, en elfet, qu'un homme ne travaille pas au profit d'un a.utre pour un salaire moindre que celui qu'il pourrait obtenir en exerçant son activité, soit sur une partie du sol, soit 8ur tout autre matière. Or, c'est précisément ce que . tout homme sera toujours en position de faire, comme je vais le montrer immédiatement. ...*.. Dans la société actuelle, le ,travailleur ne peut gagner sa subsistance que dans le cas où ceux qui possèdent ont bes.oin de ses services. et~ s'ils lui confient en cons~quen.ce du sol ou un capital, un instrumellt de travail. Quand au contraire le travailleur ne peut pas leur être utile, ce qui arrive souvent, alors ils l'abandonnent à lui-même; et comme, en ce cas, la société ne vient pas à son secours, car elle ne prête qu'aux riches, c'est en toute vérit~. que l.-B. Say a pu. écrire la proposition suivante: Il est aflUgeanl de peR8er, mais il bSt vrai de dire que, même ch6z 188 nations les plus p,'oapèt'es, une pat'tie de la populatifln pAt'it tous les aRS de besoin. Que se passsera-t-il à cet égard dans la société future 1 Tout travailleur, tout homQle pour mieux dire, ·s·erap~opriétaire de sa part inaliénable dans la planète et ~e8a part aliénable: dans les capitaux collectifs. Cette dOl,lble. qualité se manifestera.. en pratique, des deux façons suivantes. ' D~APRÈS LES. IDÉES DB COLINS 19 La partie du sol qui peut être exploitée par des individus ou des associations domestiques, - et j'entends, par sol la surface du globe, les constructions élevées à sa surface, et le sous-sol : lapropr.iété foncière, en un mot, - cette partie de la planète, dis-je, sera divisée en fractions plus 'ou moins grandes, s~lon les localités, les besoins des populations, les convenances de la mise en oeuvre, etc. La location s'en fera aU plus offr.ant et dernièr. enché~ risseur,soit à des travailleurs isolés, soit à des associations ouvrière~, toujours selon les nécessités de l'elp)oitation. J'a; déjà fait remarquer que les ba,lIx doivent être personnels et les s(;>us-Iocationsproscdtes. en montrant en même temps que cette mesure est tout en faveur de la domination du travail. J'ai dit déjà aussi que les exploi_ta~ tions rurales, industrielles, minières, etc., <\evaient. se trouver garnies de tout lemobilier indispensable à leur bonne mise en valeur, et cela pour la même raison que ci-dessus. Quant au fonds 4e' roulement il proviendra, ou de la dot sociale, ou d'une richesse acquise ou héritée, ou du crédit social, comme je vais le faire voir en parlant de la manière dont chacun sera propriétaire de sa part aliénable dans les capitaux collectifs. , La société avancera donc un capital à ceux qui préf4reraient travailler sur la matière mobilière et.qui n'en possé,. . . detaient pas en pl'opre. Elle fera ce prêt moyennant un intérêt aussi bas que possible, tout en veillant à ce que son taux soit sumsant pour qu'il J ait encore. avantage, de: la part des hldividus, à capitaliser. Car ce n'est pas la m()rt du capital individuel que la société future re_cherchera; mais: exc1l1sivement son esclavage sous la pré<\ominallce {ju travail.-.Et·c'eElt le but qu'elle atteindra. par la JUesm'e dont je parle, car ceux' qui désireront utiliser le.pr capital en le louant,devl'ont nécessairement en e,xiger lin i,ntérét moindre que.eelui qui; sera: fixé par la. .soctét~,.$'Us_.ve,uJ~nt flvo!r lapréfére!lce. 20 RésUMé DB L'jOONOMIE SOCIALE Voici encore quelques considérations sur l'affermage du domaine public et le crédit social. Quand le travailleur paie le loyer du sol et du capital à un propriétaire individuel, comme cela se passe dans la société actuelle, ce loyer est perdu pour lui et va grossir -d'autant la somme des richesses du prêteur; et c'est ainsi que J.-B. Say a pu soutenir en toute vérité,encore une fois, que les épargnes des riches se font aux dépens des pau"reB. -Mais, si la rente et l'intérêt sont pay~s à la société et qu'en même temps celle-ci dépense son revenu au profit de tous sans excèption, alors c'est absolument comme si L'on se payait la rente et l'intérêt à soi~même. Dans la société ,future, l'intérêt sera viager. De cette façon, toute exploitation héréditaire du travail sera rendue impossible. D'autre part, l'exploitation personnelle du travail sera anéantie au moyen du crédit social. • * • J'ai parlé, à plusieurs reprises, d'exploitation sociale du travail. Voici, en quelques mots, comment elle se pratique. Prenons de nouveau le travailleur qui ne possède, . par hypothèse, rien en propre, et que j'ai d6jà mis successivement en rapport avec la société actuelle et la société future. Dans la société actuelle où, par suite de l'aliénation du sol aux individus, la richesse domine,tout impôt,de quelque façon qu'il soit établi, finit toujours par retomber en entier sur le travail. . C'est évident, puisque la richesse garde tout pour. eUe', ne laissant au travaillour que. ce qui èst strictement indispensable' à celui-ci pour, se conserver et se reproduire.· Eh bien, c'est cette obliga:tiQnde solder fi'lnpcK quYèonstltue:, à régartl' 'du 'travail; 8l>n'explollafum sociale. Ce n'est plus, en effet, tel ou tel capitaliste ou pro~ D'ÂPRÈS LES ID:éEB DE COLINS 21 priétaire paI:ticulier qui réduit les salaires au mlDlmum possible; c'est l'organisation spéciale de la propriété qui en est la cause; c'est l'aliénation du sol aux individus. Le travailleur sans propriété individuelle, qui vit dans la société de nos jours, subit donc, outre l'expll>itation domestique résultant de ce qu'il ne possède rien, une autre exploitation, impersonnelle cette fois, provenant de ce qu'il ne participe point à la propriété de notre planète, et qui se traduit par le paiement obligatoire, forcé, de l'impôt. Il doit donc prélever avant tout sur son salaire de quoi solder l'impôt; c'est seulement après qu'il peut songer à utiliser ce qui en reste pour vivre. Dans la société future, ce sera, par suite de l'appropriation collective du sol, au tour du travail à dominer. C~est donc lui qui, cette fois, rejettera sur le capital toutes les charges. Le travailleur sans propriété individuelle ne sera donc, alors, pas plus exploité socialement que domestiquement. Relativement à l'impôt, la différence entre la société actuelle et la société future consiste en ce que, dans cette dernière, il sera payé par la richesse, tandis qu'aujourd'hui il est acquitté par le travail. • * • La protection sociale se manifeste à l'égard des individus, suivant les époques, de deux manières entièrement opposées. Quand le sol est aliéné, c'est-à'llire quand la richesse domine, quand la force est souveraine, la société ne favorise que les forts, ou les riches seuls, et c'est logiquè de sa part~Lorsque le sol étant propriété collective, le travail sera libre, et que la raison régnera, la société accordera sa protection au travail, c'est~à-dire à tous,et ce sera encore logique. RBsUVÉ DEL'ÉQONOMIE SOCIÂLE ..Co'ml:P43nt la richesse et le trav_ai~ s.Qilt..ils, t-ourà tour, favorisés social43ment ~ La. société protège la richesse, -. éequi signifie ici le~ riches, ou l"accumulation, des ri~hesses én queillues lI)ains : 1° En abandonnant la charge d'élever et d'ins~rl,lire les enfants aux familles domestiques,' ce qui rend ,les dévelop~ pements de l'intelligence, le privilège de 11\ richesse; , 2° ~En monopolisant le sol au profit des forts; 3° En laissant la plus grande partie des capitaux à l'.ap"propriation individuelle; 4° En étendant la famille bien au, delà de la ligne directe, et en établissant l'hérédit\~ forcée en sa. faveut.; 5° ~ll protégeant les associations decapit,aux, notamment en leur garantissant p~u'fois un minim\lm d'intérêt, ce qui revient, vu l'antagonisme nécessaire du c~pital et du travail, à empêcher le salaire de dépasser un ~ertain taux; 6° En établissant ou au moins en autorisant la perpétuité de l'intérêt; 7° En faisant des emprunts, ce qui grève ,non s~ulement le travail des générations existfl.ntes, mai!! encore celui des générations futures. Telles sont les principalesf~çons dont la société accorde sa protection à la richesse. A:ussi" quand un homme qui n'a que son travail se trquve dans une pareille société, tout, absolument tout,co~spir~ contre lui. li est esclave sous le rapport de l'intelligence comme sous celui de la propri~té, il est exploité intellectueUement et matériellement, personnellement et héréditairement dans Sa descendance, domestiqu~ment et so;cialelQent, paf les capitalistes isolés et par les ~ap~talist~8 associés, ce qui centuple leur force. , 1 •• La société future protégera le trayail au moyen d'une série de mesures qui sont la contre-partie de celles, don:t le D'APRÈS LES IDÉES DE COLINS 23 viens de faire l'énumération. Et cela n'aura pas pour conséquence la persécution et l'amoindrissement de la richesse, loin de là, mais bien sa répartition chez tous, proportionnellement au travail de chacun. Je vais passer rapidement sur ces mesures de protection sociale au travail, en ayant déjà dit quelques mots: 1° La répartitIon des connaissances aura lieu par les soins et aux frais de la société, de sorte que les dévelop~ pements de l'intelligence ne seront plus monopolisés par la richesse; 2° Le sol et le capital seront mis à la disposition de tous, de la façon que j'ai exposée plus haut; 3° Par le crédit social aux individus, l'intérêt du capital ne pourra dépasser un certain taux, ou, ce qui revient au même, le salaire ne pourra descendre au~dessous d'un certain minimum; 4° La famille sera bornée à la ligne directe, et il y aura liberté de tester; 5° En proscrivant les associations de capitaux et en permettant seulement celles de travailleurs, la société mettra /:laux-ci à même de combiner leur prédominance individuelle sur la richesse et renforcera d'autant la i:uprématie du travail; 6° La suppression de la perpétu~té de l'intérêt et celle des emprunts d'État garantiront le travailleur contre toute crainte do voir ses descendants contraints de payer les intérêts d'une dette qu'ils n'ont pas contractée; 7" Enfin, par la concurrence sociale au commerce individuel, il y a encore limitation du bénéfice des capitalistesmarchands, et, par contre coup, surélévation du salaire. Si maintenant nous supposons un individu, sans aucunes ressources matérielles, arrivant tout d'un coup au milieu d'une société constitu~e ainsi que je viens de le dire, loin d) être isolé et abandonné, comme ce serait le cas avec notre organisation actuelle de la propriété, il s'y verrait 24 RÉSUMÉ DE L'ÉCONOMIE SOCIALK constamment couvert par la protection sociale. On peut en dire autant des travailleurs qui auront le bonheur de vivre dans la société future; je n'ai pas besoin, je pense, d'insister là-dessus. • * • Et ce n'est pas tout. Que deviennent, dans chacune des deux organisations de la propriété, ceux qui, sans fortune, sont incapables de travailler, soit par l'âge, soit par ]a maladie, et qui par conséquent ne peuvent gagner de quoi vivre, et ceux qui sont ruinés par un événement de force mRjeure~ La société actuelle ne leur doit rien, puisqu'elle est constituée exclusivement dans l'intérêt des riches (1), et elle le fait bien voir. Quand elle ne vient pas à leur aide par la charité officielle, c'est-à-dire par une aumône insuffisante et injurieuse, et quand ils ne sont par secourus par la cha- (1) " Que chacun en ce monde, s'écrie Malthus, réponde de soi et pour soi; tant " pis pour ceux qui sont de trop ici·basl On aurait trop à faire si ON voulait .. donner du pain à tous ceux qui crient la faim; qui sait mAme s'il en resterait .. assllz pour les riches 1.. Voyez-vous que ON signifie exclusivement la société des riches1 Quand la société sera composée de tous, elle donnera évidemment du pain à touS. " A rigoureusement parler, dit J.·B. Say, la société ne doit aucun secours, aucun " moyen de subsistance à ses membres... .. Nourrir les incapables aux dépens des capables, c'est une grande cruauté, dit .. M. Herbert Spencer. C'est une réserve de misères amassée à dessein pour les .. générations futures. On ne peut faire un plus triste cadeau à la postérité que de " l'encombrer d'un nombre toujours croissant d'imbéciles, de paresseux et de cri.. minels..... On a le droit de se demander si la sotte philanthropie qui ne pense .. qu'à adoucir les maux du moment et persiste à ne pas voir les maux indirects, .. ne produit pas au total une plus grande somme de misère que l'égoïsme .. extrême. .. , Il y aurait bien des choses à dire à ce propos. Je me bornerai à 'demander com· ment M. Herbert Spencer concilie son refus de faire participer les incapables à la jouissance du sol, avec les trois propositions suivantes contenues dans son ouvrage Social staties, et qui sont incontestables. .. Etant donné une racé d'êtres ayant un droit égal à poursuivre le but de leurs " désirs, et élant donné un monde fait pour la satisfaction de ces désirs et où ces " êtres naissent dans des conditions égales, il en résulte qu'ils ont des droits égaux· .. à jOuir de ce monde..... " La justice n'admet donc pas la propriété (individuelle) appliquée au soL... .. La théorie du droit collectif d'hérédité fonciére reconnu à tout homme est con" forme au développement du plus haut degré de civ.ilisatioD... D'APRÈS LES IDÉES DE COLINS 25 rité privée, il leur reste à mourir de misère plus ou mOlfiS rapidement, ou à se suicider. Et dans la société de l'avenid Tout être humain y sera, par le fait même, reconllU propriétaire par indivis du globe terrestre, plus d'une grande partie des capitaux. Il aura donc le droit de jouir de ce patrimoine de l'humanité, pour avoir les moyens de pro duire, quand il en est capable, ou de vivre et de bien vivre, quand il n'est pas en état de travailler, Ce sera, non une aumône que la société accordera aux malheureux, mais un droit qu'elle leur reconnaîtra et dont elle les fera jouir, La société future formera, en un mot, une assurance mutuelle de tous contre le malheur, v Je viens de formuler succinctement la partie économique du socialisme rationnel tel qu'il est enseigné par Colins. Il me reste maintenant à expo~er et à combattre les objections auxquelles elle a donné lieu, Jusque dans ces derniers temps, on s'était fort peu préoccupé du socialisme rationnel. C'est seulement depuis peu IIue l'on commence à y prendre intérêt, à l'examiner et à en faire la critique. On a d'abord prétendu que le socialisme rationlJel demandait le partage des terres, l'abolition de la propriété indi viduelle, - deux points qui s'hal'lnoniseraient difficilement, - et la suppression de l'hérédité. Le lecteur qui m'a suivi attentivement jusqu'ici jugera certainement avec moi que l'auteur d'une pareille accusation n'avait pas lu l'exposé de la théorie qu'il attaquait. Mais passons à des objections plus sérieuses. L'appropriation collective du sol par le genre humaiu est rigoureusement logique, a-t-on dit, mais pratiquement impossible, 26 RÉSUMÉ DE L'ÉCONOMIE SOCIALE C'est affirmer qu'une chose peut être vraie en théorie et fausse en pratique. J'ose penser que l'auteur de cette objection, après avoir lu le travail qùi précède, ne soutiendra plus que l'humanité ne saurait être pratiquement propriétaire du globe.

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On a aussi soutenu que le résultat de l'application du socialisme rationnel, ce serait tout simplement de transformer la rente en impôt, en attribuant la rente à l'État. J'ai fait voir que l'attribution de la rente foncière à l'État est loin de suffire pour constituer l'appropriation collective du sol au profit de tous sans exception; et celui qui voudra l'ecourir à la preuve de cette proposition reconnaîtra aussitôt la faiblesse de l'objection.

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On a mis en avant une autre difficulté. Dans l'organisation proposée par le socialisme rationnel, a-t-on prétendu, le locataire n'aurait pas la sécurité de la tenure. Comment 1 la société louerait par baux personnels et viagers aux familles, et de trento ans aux associations ouvrières, c'est-à-dire qu'elle s'engagera à conserver ses locataires sur l'exploitation pendant tout ce laps de temps, et ceux-ci n'auront pas la sécurité de la tenure~ Je n'ai probablement pas saisi le sens de la critique.

". ". On a également affirmé que, dans l'or~anisation rationnelle, les seuls riches seraient déclarés adjudicataires, lorsque la société louerait publiquement le sol, et que les pauvres devraient continuer à travailler pour eux. n'APRÈS LES IDÉES DE COLINS 27 Pourquoi les seuls riches seraient-ils déclarés adjudicataires, quand les exploitations foncières seront garnies du mobilier nécessaire à leur bonne mise en valeur, et que le fonds de roulement sera fourni, en cas de besoin, par la société; quand, par conséquent, il ne faudra pas être riche individuellement pour pouvoir se tirer d'affaire ~ Comment y aurait-il des paUV1'es, lorsque tout homme sera propriétaire par indivis de tout le sol et d'une grande partie des capitaux ~ Comment pourrait-il exister des gens contraints de travailler pour autrui, quand il sera loisible à chacun de travailler pour soi·même ~ Une objection plus importante que celles que je viens de rapporter est celle-ci: Dans l'organisation future, les travailleurs, restant salariés, seraient toujours exploités comme aujourd'hui. Aussi, vais-je l'examiner et la discuter plus longuement que les précédentes. A première vue, on pourrait croire que l'auteur de l'objection. demande, comme certains socialistes, l'abolition du salaire. A cela je réponds que le salaire étant le prix du travail, la récompense du travail, l'abolition du salaire est une absurdité. Le salariat existant nécessairement partout où il ya travail, les travailleurs seront toujours des salariés. Mais l'auteur de l'objection a probablement voulu dire que les travailleurs devant recevoir leur salaire des mains d'un employeur seront, par cela même, esclaves comme de nos ,jours. Ici, il faut distinguer. Celui qui, pour agir, ne peut se passer de l'aide d'un capitaliste ou d'unpropriétaire individuel, celui qui a besoin de la bonno volonté de ce propriétaire ou de ce capitaliste, est, par cela même, dépendant, esclave; et il ne reçoit de son employeur que ce qui est à peine suffisant pour vivre. 28 R~~SUMÉ DE ,:ÉCONOMIE SOCIALE Mais dans l'organisation future, on pourra toujours travailler, non pour les autres, mais pour soi; ou pourra transformer une matière foncière ou mobilière appartenant non à lin autre, mais à soi-même. Dès lors, on sera ell état d'exiger, et on recevra nécessairement, de celui dont on consentira à faire valoir le capital, au moins ce que l'on aurait obtenu en travaillant pour soi-même, c·est-à·dire un salaire au maximum des circonstances. Il y a plus : Ce n'est pas le capitaliste qui, en général, emploiera et salariera le travailleur, mais bien celui-ci qui viendra au secours du capitaliflte et qui lui payera les intérêts de son capital. Or, peut-on qualifier d'exploité ou d'esclave, celui qui, étant indépenrlant sous le rapport économique, n'accepte le concours d'un capitaliste que si cela lui convient ~ • * • Voici encore un point qui mérite une discussion approfondie. Nous reconnaissons que dans la société future, a-t-on dit, tous doivent être propriétaires fonciers; mais ce résultat ne serait pas obtenu par la pratique du collectivisme rationnel; il peut avoir lieu exclusivement des deux manières suivantes: Par la propriété privée universalisée, par la propriété démocratisée; , Par la propriété collective communale avec partage périodique (Atlmend). Commençons par réfuter le second point. Pour ce faire, je me bornerai simplement à rapporter ce que pens~ M. Émile De Laveleye de l'Allmend, considéré comme solution du problème économique. Personne ne songera, certes, à récuser M. De Laveleye comme juge dans cette question, car il a fait une étude spéciale de l'Alimend, et des formes analogues d'appl'oprialion foncièl e. D'APRÈS LP.S IDÉES DE COLINS 29 " Le point de droit est celui-ci, dit M. De Laveleye : à " tout homme son instrument de travail. " Comment le réaliser dans une société comme la nÔtre~ " L'Allmend, quand il embrassait tout le territoire de la " commune, offrait la solution pour une société primitive et " pU1'ement agricole et pastorale. " Mais aujourd'hui, que de complications et de difficultés! " Passons donc à la proposition d'universaliser la propriété individuelle foncière. Il s'agirait d'abord de partager la planète entière, superficie, sous-sol et constructions (1), en autant de parties de valeurs égales qu'il y a d'êtres humains sur la surface du globe; ensuite de prendre les mesures nécessaires pour que chacun restât toujours en possession de son lot. Le partage de la planète devrait recommencer à chaque naissance et à chaque décès, sinon on trouverait des hommes sans propriété foncière, et des domaines qui ne seraient pas appropriés; car, remarquons-le bien, la disposition par voie testamentaire ou par hérédité des lots de terre devrait être interdite, sous peine de voir l'inégalité s'établir dans les quantités de sol possédé par chacun. De plus, il faudrait proscrire, soit l'aliénation des parts fOIlcières, soit l'achat de ces parts, pour éviter l'accaparement du sol par les riches. Conçoit-on toute l'absurdité d'une pareille organisation de la propriété? Je ne parle que pour mémoire de l'embarras dans lequel le titulaire d'un lot pourrait se trouver pour en jouir si, habitant Paris, par exemple, sa part de sol se trouvait en Chine. Ajoutons que la propriété foncière ainsi prétenduement universalisée n'est plus une propriété allodiale, démocratique, dont l'essence est précisément la division et l'aliénabilité. (i) N'y a-t·i1 pas des constructions e~ des mines dont III valeur s'anéantirait par la division 1 30 RÉSUMÉ DE L'ÉCONOMIE SOCIALE Mais, pourrait dire l'auteur de la proposition, nous n'en demandons pas tant; il suffirait que chacun possédât le minimum de sol indispensable pour pouvoir en vivre. Soit; mais d'abord, c'est empêcher que le globe puisse se couvrir d'une population aussi nombreuse que celle qu'il est capable de nourrir; ensuite il faudrait toujours en venir à décréter l'inaliénabilité des lots minimum, à proscrire l'hérédité sous le rapport foncier, à f(lire de chaque lot une sorte de fief, à abolir enfin l'organisation démocratique ou bourgeoise de la propriété, En deux mots, demander l'unive1'salÏ8ation de la propriété individuelle funcière, c'est demander une chose impossible, absurde, dont les éléments sont contradictoires,

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Enfin une dernière observation a été faite à propos du socialisme rationnel: c'est que la collecti vité foncière qu'il préconise a déjà existé dans les sociétés primitives.

Mais il suffit de se rappeler quelles sont les conditions nécessaires à la réalité de l'appropriation du sol par tous, pour se convaincre aussitôt que l'on doit seulement voir, dans ces formes primitives ne la propriété, des appropriations collectives au profit de certains individus ou de certaines castes.

Agathon de Potter

Notes

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