Résumé de la question sociale (premier article)

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Mélanges. Tome I.
Résumé de la question sociale.—Méthode de solution.—Identité de la question politique et de la question économique (premier article).
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This essay, originally published in Le Représantant du Peuple, May 5, 1848, appeared in Œuvres Complètes, in Volume XVII, Mélanges. Tome I.


[original French]

(N° 38. — 9 Mai.)

Paris, 8 mai.

RÉSUMÉ DE LA QUESTION SOCIALE. — MÉTHODE DE SOLUTION. — IDENTITÉ DE LA QUESTION POLITIQUE ET DE LA QUESTION ÉCONOMIQUE.

PREMIER ARTICLE

Le privilége se défend à outrance. Il nous envoie ses menaces du Midi et du Septentrion, de l'Orient et de l'Occident; il appelle la vengeance sur nous des quatre points cardinaux. Il y a une heure pour le pardon, nous crie-t-il d'un ton de prophète, il y aura une heure pour le châtiment.

A merveille, messieurs, nous cherchions la guerre, nous l'aurons rude et décisive. Que le privilége se défende, s'il peut; c'est le seul moyen pour lui de conquérir notre estime. Nous serons des premiers à lui applaudir. Mais qu'il n'espère pas nous intimider: ses baïonnettes ne nous font pas plus de peur que ses calomnies.

Que ceci soit donc bien entendu. Nous poursuivrons le privilége, quelque nom qu'il se donne, quelque respectable, traditionnel et providentiel qu'il se fasse, jusqu'à extermination. Pendant que l'Assemblée nationale, sans idée et sans projet, véritable nuée sans eau, perdra le temps à la politique, nous organiserons la sape et la mine sous la citadelle propriétaire. Le travail ira vite, et le succès est certain. Jadis les gladiateurs qui allaient aux combats du cirque s'arrêtaient en passant devant la loge de l'empereur, et lui disaient avec un héroïsme à la fois touchant et horrible : « César, ceux qui vont mourir te saluent, Morituri te salutant. » Les temps sont bien changés, les rôles intervertis. Le travail a vaincu le capital; gladiateur victorieux, je puis dire aujourd'hui, en haussant l'épée devant la reine du monde : Morituram saluto; Propriété, salut à toi! Tu passeras par mes mains !

Mais que dis-je? A quoi bon désormais la menace. Chan geons plutôt de langage : c'est un contre-sens d'effrayer en core le propriétaire. Le jour où commencera l'œuvre d'abo lition de la propriété; le jour, où au droit personnel sera substitué le droit commutât!f, sera le jour de salut pour tout le monde, bourgeoisie et prolétariat. Si le travailleur gagne à la révolution en raison de la misère qu'il secoue, le bourgeois gagne on proportion do la propriété qu'il abandonne. En échange de l'égalité, de la sécurité et de la richesse, le premier cède son indigence, le second son despotisme. Quand, après une négation universelle, nous concluons à une augmentation de liberté, do garanties et de bien-être pour tout le monde, il est absurde de semer l'épouvante. Que les privilégiés, au lieu de charger leurs fusils, laissent donc un peu reposer leur sang, et nous écoutent avec calme. Si nous sommes inflexibles dans nos définitions, ils nous trouveront tout à l'heure bien conciliants dans nos théorèmes. Nous allons leur parler chiffres et affaires. Mais il faut, au préalable, que nous leur parlions principes.

(Voir la suite aux Œuvres complètes, t. VI, p. 168, § III, Identité de la question politique et de la question économique. — Méthode de solution.)

[English translation]