Solution du problème social/102

From The Libertarian Labyrinth
Jump to: navigation, search

crédit est tombé, par suite le travail a été suspendu. Il faut donc forcer les capitaux à revenir; il faut, pour ainsi dire, mettre le travail dans un bain d'or. Je compare la société à une éponge pleine : posez-la sur un bassin, il reste à sec; si vous la pressez, le liquide s'échappe, et le bassin s'emplit. Ainsi chaque producteur, capitaliste, rentier, etc., est un des pores de la société, dans lesquels se réfugie la richesse. Serrez l'éponge, le liquide vivifiant vous inonde de toutes parts.

Supposant la moyenne de réduction des revenus et salaires à 20 centimes par jour et par tête, la somme de richesse exprimée au bout d'un an, pour toute la nation, sera d'environ deux milliards cinq cents millions.

C'est donc comme si nous jetions dans la circulation une masse d'écus de deux milliards cinq cents millions : c'est mieux encore. Car si, à la quantité de numéraire existant, on ajoutait une valeur de deux milliards cinq cents millions en espèces, l'or et l'argent subiraient une dépréciation considérable : et le travail, au lieu d'augmenter par cette richesse factice, probablement diminuerait.

Par la mesure que j'indique, au contraire, aucune valeur n'est dépréciée, puisque, la réduction étant générale, la proportion ne change pas; c'est seulement le chiffre servant à exprimer l'unité de valeur qui s'abaisse . Je n'ai pas besoin d'insister sur cette différence capitale. Le travail, par conséquent le dividende, s'accroît donc nécessairement; il s'accroît d'autant que'le salaire est moindre : je le démontre en quelque mots.

Le bénéfice des travailleurs, dans cette organisation mutuelliste du crédit, est en raison inverse de leur salaire. Mais, pour qu'ils jouissent de ce bénéfice, il est nécessaire qu'ils travaillent, autant au moins qu'auparavant. S'ils travaillent moins, le bénéfice du bon marché, produit par laréduction,diminuepoureuxen progression géométrique; de même que, s'ils travaillent plus, le bénéfice augmente en progression aussi géométrique.

En effet, l'ouvrier qui aujourd'hui gagne 2 francs par jour, soit 12 francs par semaine, si dans une semaine il perd une journée, perd 2 francs.

Mais après la réduction des revenus et salaires et la baisse proportionnelle des prix qui y correspond, l'ouvrier qui donne un vingtième de son salaire au crédit, se trouve aussi riche aves 1 fr.*90 qu'il l'était auparavant avec 2 fr. 50.

Si donc cet ouvrier perd une journée, ce n'est pas une valeur de 1 fr. 90 qu'il perd, c'est une valeur de 2 fr. 50; comme aussi, s'il gagne une journée sur la semaine, ce n'est point une valeur de 13 fr. 30 au total qu'il aura gagnée, c'est une valeur de 17 fr. 50.

Il y a donc pour l'ouvrier, avec un salaire moindre, avantage plus grand qu'autrefois à travailler, préjudice plus grand à ne travailler pas; et cet avantage, comme ce préjudice, sont d'autant plus grands que le salaire est plus bas coté sur l'échelle de réduction : tel est l'effet de la proportionnalité du crédit.

La même chose a lieu pour l'entrepreneur. Plus il produit, plus il gagne ; et ce qui vaut mieux pour lui, plus il acquiert la certitude de ne jamais perdre, ainsi que je le démontrerai plus bas, en parlant de la banque d'échange.

3° Enfin, l'organisation du crédit que je propose est d'une exécution facile; elle offre aux prêteurs, c'est-à-dire à la totalité des citoyens, toutes les garanties désirables.

Nous n'avons pas besoin, en effet, pour ceci, comme pour l'impôt, de recensement, de statistique, de cadastre, de régie, d'administration, de gendarmes, etc ; ni comme pour la banque, de caisse, de comptoirs, de commis, de directeurs, etc., etc. Tout fermier, locataire, débiteur, fait lui-même la réduction à son créancier, et la porte à son avoir : il n'y a pas d'omission à craindre. Tout entrepreneur fera la même chose pour ses ouvriers et ses actionnaires : n'ayez peur qu'il y manque.

Pour ce qui est des salariés de l'Etat, les commis-caissiers des payeurs s'en chargeront, et la cour des comptes vérifiera. Cela n'ajoutera pas une ligne aux écritures. Or, si toutes les lois de l'État, tous les règlements d'administration, toutes les mesures de gouvernement pouvaient être exécutés de la même manière, sans qu'il en coûtât un centime à l'État etaux citoyens, qu'en dites-vous? aurions-nous besoin de gouvernement? aurions-nous besoin de représentants? et l'anarchie ne serait-elle pas l'idéal de l'ordre?... .

Car, remarquez ue chose.

Tout ce que conçoit le Gouvernement provisoire, à l'instar du gouvernement déchu, tout ce qu'il décrète pour le salut de la Képublique, il veut le faire lui-même; il ne laisse rien à notre diligence ; il faut que tout passe par ses mains. Si, par exemple, il s'occupe de crédit public, il se fait banquier, il établit un comptoir, il fait faire une caisse, bien ferrée, bien fermée; il la remplit d'écus qu'il prend pour nous les prêter ensuite sous bénéfice d'escompte ; il nous fait payer intérêts, commission, perte à la retraite; il s'entoure d'agents, de commis, de parasites sans nombre; il fait si bien par ses menées gouvernementales, qu'au lieu de ce crédit de deux milliards cinq cents millions qui ne coûterait rien, nous aurons à payer à l'État dix millions de frais pour cent millions qu'il fera misérablement rouler dans nos bourses vides.

Jugez, par cet exemple, de ce qu'est le monopole de l'État. L'État fait une retenue sur les traitements des fonctionnaires : ce n'est pas pour qu'elle profite au pays, c'est pour se l'adjuger à lui-même, et payer d'autres employés, de nouveaux tyrannicules. Pour le pays, il n'y a pas économie; il n'a a que déplacement. — L'État frappe une contribution sur le revenu : ce n'est pas pour la répartir entre ceux qui n'ont pas de revenu; la chose serait trop simple, trop peu gouvernementale; il n'y aurait qu'à décréter, comme je le propose, la réduction des intérêts d'argent, des loyers et fermages. L'État s'empare du montant de la taxe pour la dépenser à sa guise, sans profit, sans utilité pour le peuple.

Et ce que le Gouvernement provisoire fait pour le crédit, il s'apprête à le faire pour le travail, pour le commerce, l'industrie, l'agriculture, pour tout! Il nous organisera tellement, si nous le laissons faire, qu'au lieu de nous procurer un crédit de deux milliards cinq cents millions, en ne se mêlant de rien, il nous fera payer, pour se mêler de tout, un budget de deux millards; il fera mainbasse sur la rente, il s'emparera des loyers, fermages, intérêts de capitaux, prêts hypothécaires et actions; il taxera les entrepreneurs proportionnellement à leurs bénéfices Xirésumés; il augmentera la patente des petits commerçants, fabricants et industriels, d'un droit différentiel pour protéger les ateliers nationaux ; il convertira une nation de travailleurs libres en une nation de fonctionnaires publics; il mangera le produit net et le produit brut, le fonds et le tréfonds; il ne nous laissera que les yeux pour pleurer et le cœur pour le maudire, ce que je lui promets pour ma part, suivant la mesure de son mérite et de mon estime.

II

RÉDUCTION GÉNÉRALE DES PRIX. —ARRET DE LA VALEUR.

Toute opération de commerce, toute négociation se balance par doit et avoir : c'est le principe de la comptabilité, bien connu de tous les gens d'affaires.

Nous/avons, parla mesure précédente, décrété le crédit général; nous devons, pour être conséquents, pour être justes, décréter le débit général.

La nouvelle série de réductions que je propose est donc la corrélative de la précédente; elle n'est pas autre chose que la précédente; mais présentée sous une autre forme, et de manière à rendre, pour chaque producteur et propriétaire, le débit aussi officiel que le crédit.

Ainsi, par l'opération précédente, tous salaires, traitements, revenus, etc., ont été réduits suivant une échelle de proportion, de manière à satisfaire tous les intérêts, et ne laisser place à aucune faveur. L'exécution de cette mesure a été confiée à l'intérêt individuel, plus puissant un million de fois, en matière de crédit, que l'État. Nous sommes bien sûrs que le fermier ne paiera pas 1,000 fr. à son propriétaire quand la loi lui ordonne de n'en payer que 750; que l'entrepreneur n'accordera pas 4 fr. à ses ouvriers, quand il lui est adjoint, au nom de la République, de ne payer que 3 fr. 50 c.

Mais, avons-nous fait observer, cette réduction générale des revenus et salaires ne peut être juste, qu'autant qu'elle sera compensée par une réduction équivalente du prix des produits et des services : il s'agit donc d'assurer cette réduction.

Le moyen est d'arrêter la valeur. Je m'explique. Tout le monde sait que la valeur des produits, dans le milieu social actuel, est nécessairement instable; elle oscille perpétuellement tantôt à la hausse, tantôt à la baisse.

Cette oscillation n'est pas seulement causée par la rareté ou l'.abondance des matières premières : s'il n'y avait pas d'autre cause d'oscillation que celle-là, on pourrait dire que la valeur, quoique toujours mobile, est cependant fixe. Les causes d'oscillation de la valeur qu'il s'agit de détruire, et qui engendrent le paupérisme, sont l'arnaehie du marché, le bon plaisir commercial, en un mot, l'agio.

L'agio, sous toutes les formes, est le mensonge, le père

éternel du mal. C'est à l'agio que nous déclarons la guerre.

Or, à travers les oscillations et soubresauts de la valeur,

se découvre une loi générale, c'est que, par la force du

progrès, la valeur est en baisse insensible et continue.

Cette baisse incessante, irrésistible, je l'appelle avance ou progrès de la valeur; comme la hausse est recul ou rétrogradation.

Un caractère du progrès de la valeur, est que ses oscil