Système des contradictions économiques/Tome II/268

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[original French]

s'effectuent dans une complète indépendance, la condition est jugée la meilleure possible;

Si le travail est exécuté en commun, et que la consommation reste privée, la condition paraît déjà moins bonne, mais encore supportable: c'est celle de la plupart des ouvriers et fonctionnaires subalternes;

Si tout est rendu commun, travail, ménage, recette et dépense, la vie devient insipide, fatigante et odieuse.

Tel est le préjugé anticommuniste, préjugé qu'aucune éducation n'ébranle, qui se fortifie même par l'éducation, sans qu'on puisse découvrir comment cette éducation pourrait changer de principe; préjugé, enfin, dont les communistes paraissent tout aussi imbus que les propriétaires. Comment expliquer, sans cela, leurs hésitations? Qui donc les empêche de réaliser entre eux leur idée, et qu'est-ce qu'ils attendent? Pour soumettre ma raison au principe communiste, je ne demande qu'une épreuve: qu'on me montre deux familles, maris, femmes, enfants, vivant ensemble confondus dans une parfaite communauté.

Mais le communisme ne s'entend pas lui-même: le communisme est encore à comprendre quel doit être son rôle dans le monde. L'humanité, comme un homme ivre, hésite et chancelle entre deux abîmes, d'un côté la propriété, de l'autre la communauté: la question est de savoir comment elle franchira ce défilé, où la tête est saisie de vertiges et les pieds se dérobent. Que répondent là-dessus les écrivains communistes?

[English translation]

is accomplished in complete independence, the condition is considered the best possible;

If work is executed in common, and consumption remains private, the condition appears even less desirable, but still supportable: that is the condition of most workers and minor civil servants;

If everything is rendered common, work, housework, receipts and expenses, life becomes insipid, tiresome and horrible.

Such is the anti-communist prejudice, which no education shakes, which is even strengthened by education, without one being able to discover how that education could change its principle; a prejudice, finally, with which the communists seem every bit as imbued as the proprietors. How can we explain, apart from that, their hesitations? Who prevents them from realizing their ideal among themselves, and what is it that they await? To subject my reason to the communist principle, I ask only one proof: show me two families, husbands, wives and children, living together and merged in a perfect community.

But communism does not understand itself: communism has yet to understand what its role in the world must be. Humanity, like a drunken man, hesitates and wavers between two gulfs, on one side property and communism on the other: the question is to know how it passes over that gorge, where the head is seized with vertigo and the feet slip. How do the communist writers respond to that question?