Système des contradictions économiques/Tome II/90

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Système des contradictions économiques/Tome II/90/89 Système des contradictions économiques/Tome II/90/91

[original French]

Au point où nous sommes arrivés de cette histoire à la fois fantastique et réelle de la société, nous avons vu tous les procédés d'organisation et les moyens d'equilibre tomber les uns sur les autres, et reproduire sans cesse, plus impérieuse et plus meurtrière qu'auparavant, l'antinomie de la valeur. Parvenu à la sixième phase de son évolution, le génie social, obéissant au mouvement d'expansion qui le pousse, cherche Au Dehors, dans le commerce extérieur, le débouché, c'est-à-dire le contre-poids qui lui manque. A présent nous allons le voir, deçu dans son espérance, chercher ce contre-poids, ce débouché, cette garantie de l'échange qu'à tout prix il lui faut, dans le commerce intérieur, Au Dedans. Par le crédit, la société se replie en quelque sorte sur elle-même; elle semble avoir compris que production et consommation étant pour elle choses adéquates et identiques, c'est en ellemême, et non par une éjaculation indéfinie, qu'elle doit en trouver l'équilibre.

Tout le monde aujourd'hui réclame pour le travail des institutions de crédit. C'est la thèse favorite de MM. Blanqui, Wolowski, Chevalier, chefs de l'enseignement économique; c'est l'opinion de M. de Lamartine, d'une foule de conservateurs et de démocrates, de presque tous ceux qui, répudiant le socialisme, et avec lui la chimère d'organisation du travail, se prononcent cependant pour le progrès. Du crédit! du crédit! s'écrient ces réformateurs aux vastes pensées, à la longue vue : le crédit est tout ce dont nous avons besoin. Quant au travail, il en est de lui comme de la population : l'un et l'autre sont suffisamment organisés; la production, quelle qu'elle soit, ne manquera pas. Et le gouvernement, étourdi de ces clameurs, s'est mis en devoir, de sa lente et stupide allure, de jeter les fondements de la plus formidable machine à crédit qui fut jamais, en nommant sa commission pour la réforme de la loi des hypothèques.

C'est donc toujours le même refrain : De l'argent! de l'argent! c'est de l'argent qu'il faut au travailleur. Sans argent le travailleur est au desespoir, comme le père de sept enfants sans pain.

Mais si le travail est organisé, comment a-t-il besoin de credit? Et si c'e>t le crédit lui-même qui fait défaut à l'organisation, comme le pretendent les admirateurs du crédit, comment peut-on dire que l'organisation du travail est complète?

[English translation]

At this point in this history of society, both real and fanciful, we have seen all the processes of organization and the means of equilibrium tumble one upon the other and reproduce constantly, more arrogantly and more murderously than before, the antinomy of value. Arriving at the sixth phase of its evolution, social genius, obedient to the movement of expansion that pushes it, seeks abroad, in foreign commerce, the market, that is to say, the counterpoise which it lacks. Presently we shall see it, deceived in its hope, seek this counterpoise, this output, this guarantee of exchange that it must have at any price in domestic commerce, at home. By credit, society falls back in a manner on itself: it seems to have understood that production and consumption are for it identical and inadequate things; it is in itself, and not by indefinite ejaculations, that it ought to find the equilibrium.

Tout le monde aujourd'hui réclame pour le travail des institutions de crédit. C'est la thèse favorite de MM. Blanqui, Wolowski, Chevalier, chefs de l'enseignement économique; c'est l'opinion de M. de Lamartine, d'une foule de conservateurs et de démocrates, de presque tous ceux qui, répudiant le socialisme, et avec lui la chimère d'organisation du travail, se prononcent cependant pour le progrès. Du crédit! du crédit! s'écrient ces réformateurs aux vastes pensées, à la longue vue : le crédit est tout ce dont nous avons besoin. Quant au travail, il en est de lui comme de la population : l'un et l'autre sont suffisamment organisés; la production, quelle qu'elle soit, ne manquera pas. Et le gouvernement, étourdi de ces clameurs, s'est mis en devoir, de sa lente et stupide allure, de jeter les fondements de la plus formidable machine à crédit qui fut jamais, en nommant sa commission pour la réforme de la loi des hypothèques.

C'est donc toujours le même refrain : De l'argent! de l'argent! c'est de l'argent qu'il faut au travailleur. Sans argent le travailleur est au desespoir, comme le père de sept enfants sans pain.

Mais si le travail est organisé, comment a-t-il besoin de credit? Et si c'e>t le crédit lui-même qui fait défaut à l'organisation, comme le pretendent les admirateurs du crédit, comment peut-on dire que l'organisation du travail est complète?