Théorie de l'impôt/65

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[original French]

citoyens sans doute; il ne leur est point antérieur ni supérieur; mais il existe par cela même qu'ils existent, se distinguant de chacun et de tous par des facultés et des attributions spéciales. Et la liberté n'est pas non plus une puissance fictive, consistant en une simple faculté d'opter entre faire et ne pas faire : c'est une faculté positive, sui generis, qui est à l'individu, assemblage de passions et de facultés diverses, ce que l'État est à la collectivité des citoyens, la plus haute puissance de conception et de création de l'être (D).

Voilà pourquoi la raison d'État n'est pas la même chose que la raison individuelle; pourquoi l'intérêt d'État n'est pas le même non plus que l'intérêt privé, celui-ci fût-il identique dans la majorité ou l'universalité des citoyens; pourquoi les actes du gouvernement sont d'une autre nature que les actes du simple particulier. Les facultés, attributs, intérêts, diffèrent entre le citoyen et l'État comme l'individuel et le collectif diffèrent entre eux: nous en avons vu un bel exemple, quand nous avons posé ce principe que la loi d'échange n'est pas la même pour le particulier et pour l'État.

Sous le régime du droit divin, la raison d'État se confondant avec la raison dynastique, aristocratique ou cléricale, pouvait n'être pas toujours conforme à la justice; c'est ce qui a fait proscrire, par le droit moderne, le principe abusif de la raison d'État. De même l'intérêt d'État, se confondant avec l'intérêt de dynastie ou de caste, n'était pas non plus conforme en tout à la Justice; et c'est ce qui fait que toute société transformée par la Révolution tend au gouvernement républicain.

Sous le nouveau régime, au contraire, la raison d'État doit être en tout conforme à la Justice, l'expression vraie du droit, raison essentiellement générale et synthétique, distincte par conséquent de la raison du citoyen, toujours plus

[English translation]

citizens, doubtless; it is not prior nor superior to them; but it exists par cela même that they exist, distinguishing itself from each and all by special faculties and attributes. And liberty is no longer a fictive power, consisting of a simple faculty to choose between doing and not doing: it is a positive faculty, sui generis, which is to the individual, assemblage of diverse passions and faculties, what the State is to the collectivity of citizens, the highest power of conception and of creation of being (D).

This is why the reason of the State is not the same thing as individual reason; why the interest of the State is not the same non plus as private interest, celui-ci fût-il identical in the majority or l'universalité of citizens; why the acts of government are of a different nature than the acts of the simple particulier. The faculties, attributes, interests, differ between the citizen and the State as the individual and the collective differ between them: we have seen a beautiful example of it, when we have posed that principle that the law of exchange is not the same for the particulier and for the State.

Under the regime of divine right, the reason of State se confondant avec la raison dynastique, aristocratique ou cléricale, pouvait n'être pas toujours conforme à la justice; c'est ce qui a fait proscrire, par le droit moderne, le principe abusif de la raison d'État. De même l'intérêt d'État, se confondant with the interest of dynasty or of caste, was not non plus conforme en tout à la Justice; and it is that which fait que every society transformed by the Revolution tends to republican government.

Under the new regime, on the contrary, the reason of State must be en tout conforme to Justice, the true expression of right, reason essentially general and synthetic, distinct consequently from the reason of the citizen, always more