Théorie de la propriété/133

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[original French]

C'est la conversion des bénéfices en alleux qui renverse la puissance carolingienne; en revanche, c'est la conversion de l'alleu en fief qui amène peu à peu la servitude féodale.

Le noble, par orgueil, en mépris de la roture, s'attache à son fief, dédaigne la propriété allodiale. La loi de primogéniture vient ajouter encore à l'immobilisme du fief. Le bourgeois suit le droit romain ; l'alleu se coalise avec le roi contre le fief, qui succombe partout. En Angleterre, les choses se passent autrement, mais toujours diaprés la même loi. Les barons, que menace le pouvoir royal, saisissent l'occasion que leur offre la misère du roi Jean, dit Sans-Terre, pour lui arracher la grande Charte, fondement de toutes les libertés anglaises; puis, s'unissant eux-mêmes aux communes, le fief à l'alleu, ils dominent définitivement la couronne. La constitution de l'Angleterre et toute son histoire s'expliquent par là. Aujourd'hui la propriété industrielle, jointe à une portion du sol possédée par la bourgeoisie, balance le pouvoir aristocratique : de là la prépondérance actuelle de la chambre des communes sur la haute chambre. Où se trouve la plus grande somme de richesse unie à la plus grande liberté d'action, là est la plus grande force. Mais la propriété féodale, infériorisée, n'est pas pour cela annihilée; loin de là, sa conservation est devenue un élément politique de la société anglaise. C'est pour cela que l'Angleterre est à la fois monarchique, aristocratique et bourgeoise : elle ne sera une démocratie comme la France que le jour où les biens nobles

[English translation]

It is the conversion of bénéfices into alleux which renverse the Carolingian power; en revanche, it is the conversion of alleu into fief which little by little leads to feudal servitude.

The noble, from pride, in contempt of roture, attaches himself to his fief, disdains allodial property. The law of primogeniture comes to add more to the the immobilism of the fief. The bourgeois follow the Roman right; alleu se coalise with the king against the fief, which succumbs everywhere. In England, things occur otherwise, but always according to the same law. The barons, that threaten the royal power, seized the opportunity offered them by the poverty of King Jean, called Sans-Terre, to arracher from him the Magna Carta, foundation of all English liberties; then, uniting themselves with the communes, fief with alleu, they definitively dominate the crown. The constitution of England and all its history is explained by that. Today industrial property, joined to a portion of the soil possessed by the bourgeoisie, balances the aristocratic power: thus the present predominance of the house of commons over the upper house. Where one finds the greatest sum of wealth united to the greatest liberty of action, there is the greatest force. But feudal property, infériorisée, is not for that annihilated; far from that, its conservation has become a political element of English society. That is why England is at once monarchic, aristocratic and bourgeois: it will only be democracy like a France the day which the good of the nobles