Théorie de la propriété/138

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[original French]

haute et dans toute son immobilité. Ainsi le comprenait Louis XIV, qui non-seulement était d'une parfaite bonne foi, mais logique et juste à son point de vue, lorsqu'il prétendait que tout en France, personnes et choses, relevassent de lui. Louis XIV niait la propriété absolue ; il n'admettait de souveraineté que dans l'État représenté par le roi. Pour qu'une force puisse tenir en respect une autre force, il faut qu'elles soient indépendantes l'une de l'autre, qu'elles 'fassent deux, non pas un. Pour que le citoyen soit quelque chose dans l'État, il ne suffit donc pas qu'il soit libre de sa personne; il faut que sa personnalité s'appuie, comme celle de l'État, sur une portion de matière qu'il possède en toute souveraineté, comme l'État a la souveraineté du domaine public. Cette condition est remplie par la propriété.

Servir de contre-poids à la puissance publique, balancer l'État, par ce moyen assurer la liberté individuelle : telle sera donc, dans le système politique, la fonction, principale de la propriété. Supprimez cette fonction ou, ce qui revient au même, ôtez à la propriété le caractère absolutiste que nous lui avons reconnu et qui la distingue; imposez-lui des conditions, déclarez-la incessible et indivisible : à l'instant elle perd sa force, elle ne pèse plus rien ; elle redevient un simple bénéfice, un précaire ; c'est une mouvance du gouvernement, sans action contre lui.

Le droit absolu de l'État se trouve donc en lutte avec le droit absolu du propriétaire. Il faut suivre de près la marche de ce combat.

[English translation]

haute and in all its immobility. Thus Louis XIV understood it, who not only was in perfectly good faith, but logical et juste à his of view, when he claimed that everything in France, persons and things, relevassent de lui. Louis XIV denied absolute property; he acknowledged sovereignty only in the State represented by the king. In order that one force could hold another force in respect, it is necessary that they be independent from one another, that they are two and not one. In order for the citizen to be something in the State, it is not enough then that he be free in his person; il faut que sa personnalité s'appuie, like that of the State, on a portion of material that he possesses in all sovereignty, as the State has sovereignty over the public domain. That condition is fulfilled by property.

To serve as counter-weight to the public power, to balance the State, and by that means to insure individual liberty: such is then, the public system, the principal function of property. Suppress that function or, what amounts to the same thing, to remove from property the absolutist character that we have recognized in it and that distinguishes it; impose conditions on it, declare it untransferable and indivisible: at that instant it loses its force, it no longer carries any weight; it becomes again a simple benefit, un précaire; c'est une mouvance of the government, without action against it.

Thus the absolute right of the State finds itself in struggle with the absolute right of the proprietor. It is necessary to follow closely the course of that combat.