Théorie de la propriété/144

From The Libertarian Labyrinth
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[original French]

latifundia, que fut conçu, au sein des sociétés chrétiennes, le système de propriété féodale, renouvelé de l'antique patriarcat, par Ja papauté unie à l'empire et soutenue du prestige de la religion.

La propriété moderne, constituée en apparence contre toute raison de droit et tout bon sens, sur un double absolutisme, peut être considérée comme le triomphe de la Liberté. C'est la Liberté qui l'a faite, non pas, comme il semble au premier abord, contre le droit, mais par une intelligence bien supérieure du droit. Qu'est-ce que la Justice, eu effet, sinon l'équilibre entre les forces? La Justice n'est pas un simple rapport, une conception abstraite, une fiction de l'entendement, ou un acte de foi de la conscience : elle est une chose réelle, d'autant plus obligatoire qu'elle repose sur des réalités, sur des forces libres.

Du principe que la propriété, irrévérencieuse à l'égard du prince, rebelle à l'autorité, anarchique enfin, est la seule force qui puisse servir de contre-poids à l'État, découle ce corollaire : c'est que la propriété, absolutisme dans un autre absolutisme, est encore pour l'État un élément de division. La puissance de l'État est une puissance de concentration ; donnez-lui l'essor, et toute individualité disparaîtra bientôt, absorbée dans la collectivité; la société tombe dans le communisme; la propriété, au rebours, est une puissance de décentralisation ; parce qu'elle-même est absolue, elle est anti-despotique, anti-unitaire; c'est eu elle qu'est le principe de toute fédération : et c'est pour cela que la propriété, autocratique par essence, trans

[English translation]

latifundia, that, at the heart of the Christian societies, was conceived the system of feudal property, renewed from the antique patriarcat, by the papacy united with empire and sustained by the prestige of religion.

Modern property, constituted, as it appears, against all thought of rights and all good sense, on a double absolutism, must be considered as a triumph of Liberty. It is Liberty which has made it, not, as it seems at first glance, against law or right, but by an intelligence superior to those. What is Justice, indeed, but the equilibrium between forces? Justice is not a simple relation, an abstract conception, a fiction of the understanding, or an act of faith of the conscience: it is a real thing, all the more obligatory because it rests on realities, on free forces.

From the principle that property, irreverent with regard to the prince, rebellious against authority, anarchic in the end, is the only force which can serve as a counter-balance to the state, follows this corollary: property, absolutism piled on an absolutism, is still for the state an element of division. The power of the state is a power of concentration; give it freedom to grow and all individuality will soon disappear, absorbed into the collectivity; society will fall into communism; property, on the other hand, is a power of decentralization; because it is itself absolute, it is anti-despotic, anti-unitary; it is because of this that it is the principle of all federation; and it is for this reason that property, autocratic in essence,