Théorie de la propriété/146

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[original French]

sol. Car c'est par la division et la vente que l'accaparement est rendu possible : ôtez à la propriété sa prérogative absolutiste, et la terre sera possédée par tous, précisément parce qu'elle n'appartiendra domanialement à personne.

Ceci revient à dire que les citoyens sont tous de même droit et de même dignité dans l'État; que si la nature les a créés inégaux quant aux facultés de réalisation, la tendance de la civilisation et des lois est de restreindre dans la pratique les effets de cette inégalité, en donnant à tous les mêmes garanties et, autant que possible, la même éducation ; mais que la propriété entrave cette heureuse tendance, par ses mutations incessantes et ses accaparements. On accuse, en conséquence, la propriété d'être hostile à l'égalité, et on la place sous ce rapport au-dessous de la possession.

L'abus ici dénoncé existe : à Dieu ne plaise que je le méconnaisse, puisque c'est dans les abus de la propriété que j'en cherche la fonction organique et la destination providentielle. Mais, chose singulière, le reproche qu'on adresse ici à la propriété d'être un obstacle à l'égalité des conditions et des fortunes, le fief et la possession, qni semblent avoir été institués dans une pensée et pour une fin diamétralement contraires, le méritent bien davantage. C'est un fait d'histoire universelle, que la terre n'a été nulle part plus inégalement répartie que là où le système de la possession simple a été prédominant, et où le fief a supplanté l'alleu : et réciproquement, que les Élats où

[English translation]

soil. For it is by division and sale that monopolization is made possible: take from property its absolutist prerogative, and the earth will be possessed by all, precisely because it will belong domanialement to no one.

This comes down to saying that the citizens all have the same rights and the same dignity in the State; that if nature has created them unequal with regard to faculties of réalisation, the tendency of civilization and of the laws is to restrict in practice the effects of that inequality, by giving the same guarantees to all and, as much as possible, the same education; but that property hinders this happy tendency, by its constant mutations and monopolizations. Consequently, one accuses property of being hostile to equality, and places it in this regard below possession.

The abuse denounced here exists: Heaven forbid that I should fail to take it into account, because it is in the abuse of property that I seek its organic function and providential destination. But, singular thing, the reproach that one addresses here to property of being an obstacle to the equality of conditions and of fortunes, is merited much more by fief and possession, which seem to be instituted by a thought and for an end that are diametrically opposite. It is a fact of universal history, that the land has never been divided more unequally than there where the system of simple possession simple has been predominant, and where fief has supplanted alleu: and conversely, that the States where