Théorie de la propriété/158

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[original French]

-léges féodaux : mais qu'est-ce donc, je vous prie, que le fermage?...

Voici ce que j'écrivais à ce propos, en 1858, dans mon ouvrage de la Justice dans la Révolution et dans l'Église, 5° étude [page 202]:

« La métaphysique de la propriété a dévasté le sol français (par l'arbitraire des exploitations), découronné les montagnes, tari les sources, changé les rivières en torrents, empierré les vallées : le tout avec autorisation du gouvernement. Elle a rendu l'agriculture odieuse au paysan (fermier) ; plus odieuse encore la patrie; elle pousse à la dépopulation... On ne tient plus au sol, comme autrefois, parce qu'on l'habite, parce qu'on le cultive, qu'on en respire les émanations, qu'on vit de sa substance, qu'on l'a reçu de ses pères avec le sang, et qu'on le transmettra de génération en génération dans sa race, parce qu'on y a pris son corps, son tempérament, ses instincts, ses idées, son caractère, et qu'on ne pourrait s'en séparer sans mourir. On tient au sol comme à un outil, moins que cela, à une inscription de rentes au moyen de laquelle on perçoit chaque année, sur la masse commune, un certain revenu. Quant à ce sentiment profond de la nature, à cet amour du sol que donne seule la vie rustique, il s'est éteint. Une sensibilité de convention, particulière aux sociétés blasées à qui la nature ne se révèle plus que dans le roman, le salon, le théâtre, a pris sa place.

« ...L'homme n'aime plus la terre: propriétaire, il la vend, il la loue, il la divise par actions, il la prosti-

[English translation]

feudal privileges: but what is it then, I ask you, but tenant farming?...

Here is what I wrote in that regard, in 1858, in my work on Justice in the Révolution and in the Church, 5th study [page 202]:

« The metaphysics of property has devastated the French soil (by the arbitrariness of the exploitations), decrowned the mountains, dried up the headwaters, changed the rivers into torrents, empierré the valleys: all with the authorization of the government. It has rendered agriculture odious to the peasant (tenant farmer); plus odieuse encore la patrie; elle pousse à la dépopulation... One no longer values the soil, as in the past, because one inhabits it, because one cultivates it, one breathes its emanations, one lives on its substance, one has received it from his fathers with the blood, and one will transmit it from generation to generation in his race, because one y a pris his body, his temperament, his instincts, his ideas, his character, and could not separate himself from it without dying. One values the soil as a tool, less than that, at an inscription of rents by means of which one collects each year, sur la masse commune, a certain revenue. As to that profound feeling for nature, that love of the soil which the rustic life alone gives, it is extinct. A sensibility of convention, particular to the blasées societies to which nature no longer reveals itself except in the novel, the salon and the theater, has taken its place.

« ...Man no longer loves the land: proprietor, he sells it, he rents it, he divides it by shares, he prostitutes it,