Théorie de la propriété/167

From The Libertarian Labyrinth
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[original French]

qu'il y laisse pousser des ronces, ou y mette du bétail, il en est le maître. Naturellement, la société aura sa part du dommage occasionné par une exploitation paresseuse ou mal entendue, comme elle souffre de tout vice et de toute aberration individuelle. Mais mieux vaut encore pour la société supporter ce préjudice, que de le conjurer par des règlements. Napoléon Ier disait que s'il voyait un propriétaire laisser son champ en friche, il lui retirerait sa propriété. C'était une pensée de justice qui faisait parler le conquérant; ce n'était pas une pensée de génie. Non, pas même dans le cas où il plairait au propriétaire de laisser ses terres sans culture, vous ne devez, vous chef d'État, intervenir. Laissez faire le propriétaire : l'exemple ne sera pas contagieux ; mais ne vous engagez point dans un labyrinthe sans issue. Vous permettez à tel propriétaire d'abattre une forêt qui fournissait au chauffage de tout un district; à tel autre de transformer vingt hectares de terres à blé en parc, et d'y élever des renards. Pourquoi ne serait-il pas permis à celui-ci de cultiver la ronce, le chardon et l'épine? L'abus dela propriété est le prix dont vous payez ses inventions et ses efforts : avec le temps elle se corrigera. Laissez faire.

C'est ainsi que la propriété, fondée sur l'égoïsme, est la flamme à laquelle s'épure l'égoïsme. C'est par la propriété que le moi individuel, iusocial, avare, envieux, jaloux, plein d'orgueil et de mauvaise foi, se transfigure, et se fait semblable au moi collectif, son maître et son modèle. L'institution qui semblait faite

[English translation]

that he raises thorns there, or puts in cattle, he is the master. Naturally, society will have its part of the damage occasioned by an operation that is lazy or badly intended, as it suffers from every vice and every individual aberration. But it is still better for society to support this prejudice, than to ward it off with regulations. Napoleon I said that if he saw a proprietor leave his fields fallow, he would take his property from him. It was a thought of justice that the conqueror said, but it was not a thought of genius. No, not even in the case where it pleases the proprietor to leave his land without cultivation, you must not, you chief of State, intervene. Let the proprietor be the example will not be contagious; but do not commit to a labyrinth without exit. You permit one proprietor to fell a forest that provided heat for an entire district; another to transform five hectares of land in wheat into a park, and to raise foxes there. Why would you not allow him to grow bramble, thistle and thorn? The abuse of property is the price you pay for its inventions and its efforts: with time it will correct itself. Laissez faire.

It is thus that property, founded on egoism, is the flame which will purify egoism. It is by property that the self,--individual, unsocial, greedy, envious, jealous, full of pride and bad faith,--is transfigured, and makes itself like the collective self, its master and model. The institution which seems made